Au royaume de Zangla avec le petit-fils du Roi

 

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La seule journée d’aujourd’hui valait le voyage, la dépense et les petits sacrifices mentionnés hier, dont la crasse.

A propos de la crasse, je tiens à préciser que j’en parle parce qu’elle est là. Mais il n’y a aucun jugement de ma part, c’est un simple constat qui fait partie de mes observations et découvertes. Je ne suis pas spécialement du genre à me laver les mains toutes les cinq minutes. Quoique… en Inde… selon ce qu’on a touché – dont l’argent -…

Il faudrait que je note tout en fin de journée pour ne pas oublier ce que j’ai vécu et afin de retrouver mes émotions en me relisant quand je ne pourrai plus voyager. Mais souvent la paresse et la fatigue aidant je ne le fais pas et les souvenirs s’estompent. C’est regrettable car je me suis aperçu en relisant certaines pages de mes notes de voyage que ce que j’ai écrit sur le moment ne correspond pas toujours au souvenir que j’en garde au plus profond de moi-même. J’essaie de retranscrire le plus fidèlement possible mes sensations et mes émotions du moment vécu, mais ce n’est pas forcément en rapport avec mon ressenti plusieurs mois ou plusieurs années après.

Cette crasse ne m’a pas atteint au plus profond de moi-même puisque ce n’est pas ce souvenir-là que j’ai emporté avec moi. Je n’y pensais même plus avant de retrouver ces lignes. Au point que je n’ai qu’une idée en tête c’est de retourner au Zanskar et si je ne l’ai pas fait cette année, c’est à cause du prix prohibitif de la location d’une voiture pour m’y rendre et je ne me sens pas le courage d’aller à pied du Ladakh au Zanskar.

Il y a deux options pour aller visiter Zangla, soit à pied à travers la montagne, mais c’est une randonnée ardue qui risquait d’être épuisante à cause du soleil et de l’altitude. Aussi ai-je préféré louer une voture sure avec un chauffeur sûr que nous avons trouvé dans la rue principale de Padum au bureau des taxis. Là se regroupent tous les chauffeurs dans l’attente d’un client, pratiquant tous le même tarif officiel que je pourrais qualifier de syndical. Un peu cher, mais je ne me voyais pas faire le trek… Notre candidat chauffeur nous a paru sérieux et sympathique. De fait il l’était.

Cette journée inoubliable a commencé par une route une fois de plus époustouflante de beauté. Sur le chemin nous avons pris à bord une jeune femme et son enfant sur le dos qui se rendait à pieds dans un village distant de plusieurs kilomètres.
Zangla est situé à 3926 m, à 35 km de Padum, dans la vallée de la rivière Zanskar.
C’est un village très isolé au sein même du Zanskar, territoire gouverné jusqu’à ces dernières années par une famille de rois-vassaux dont l’autonomie n’a pas été remise en cause. Ce minuscule royaume, qui n’existe aujourd’hui que de nom, comprend en fait une forteresse et quelques villages aux alentours. Si le roi n’a plus aucun rôle dirigeant, il n’en est pas moins incontesté et particulièrement honoré et vénéré, quoique la famille royale fasse partie actuellement des plus pauvres de Zangla.

ll arrive que l’on relève une grave erreur dans certains guides qui parlent du «  monastère » de Zangla, alors qu’il n’en existe pas. Cela est dû à une erreur de Tivadar Duka, le biographe du hongrois Alexander Csoma de Kőrös qui y demeura plus d’un an, et à la biographie duquel je vous renvoie en cliquant sur son nom car elle a un rapport étroit avec le Zanskar, le Ladakh et la culture tibétaine. Il séjourna en effet plusieurs années au monastère de Phuktal où il étudia le tibétain. Il est l’auteur du premier dictionnaire sanskrit-tibétain-anglais et de la première grammaire tibétaine. Notons au passage que son but premier était de trouver l’origine de la langue hongroise.
La confusion entre les dénominations « monastère » et « palais » tient au fait qu’à son dernier étage se trouve un temple de petite dimension mais particulièrement sacré et révéré et où l’on peut croiser quelques moines venus là pour faire leurs dévotions.
Alors que nous venions de visiter la pittoresque nonnerie occupée par une vingtaine de nonnes seulement et redescendions vers le village désert, un grand beau jeune homme s’approcha de nous et se présenta dans un anglais impeccable comme étant le petit-fils du roi et nous invita à visiter le « new » palais. Je savais par mon guide papier qu’il y avait à Zangla un new et un old palace. Quand nous avons pénétré dans le bâtiment, j’ai cru avoir fait une confusion et je pensais visiter le old palace tellement celui-ci me paraissait vétuste.
Après une visite très bien commentée, le jeune homme nous a invité chez lui, hors du palais que nous venions de visiter, pour boire un thé et manger quelques biscuits.
Sortis d’un bâtiment en mauvais état pour entrer dans un autre presque aussi grand et plus récent, ma confusion n’a fait que se renforcer entre old et new palace. Pour moi, nous avions quitté le premier pour entrer dans l’autre où habitait la famille « royale ». Au sourire de Johny, j’ai compris qu’il commençait à crier famine et appréciait l’invitation. L’accueil chaleureux nous a donné l’impression d’être reçus chez un ami.
Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque notre jeune hôte nous annonça qu’il nous emmenait  à présent visiter le « vieux »  palais. Il nous a précisé que peu de gens pouvaient le visiter car le temple à l’intérieur est sacré, le palais lui-même très délabré et dangereux, donc impossible de le visiter sans être accompagnés. Je crois qu’il était aussi heureux de notre compagnie et de pouvoir parler en passant un moment avec nous que nous l’étions nous-même de la sienne.
Il nous a conduits par un chemin de chèvres au milieu de rochers épars et de chorten plusieurs fois centenaires, jusqu’au sommet d’une colline escarpée où se trouve, dominant l’ancien village en ruines, et bien sûr le nouveau, situé beaucoup plus bas, l’ancien palais, vieux de plus de mille ans et dans son jus, bien délabré hélas, mais quelle authenticité ! Nous nous demandions à chaque pas si nous n’allions pas mettre les pieds sur une chausse trappe ou tomber dans des oubliettes ou si un pan de mur ou un plafond n’allait pas s’effondrer sur nous. Mais nous étions heureux…comme des rois !
Et la surprise fut à son comble en découvrant à l’intérieur du petit temple toute une collection de très vieilles statues « habillées », en excellent état. Là notre guide s’est affairé à alimenter des lampes à huile, allumer des encens et faire ses dévotions tandis que nous, abasourdis, contemplions ces merveilles d’un autre temps, non pas comme dans un musée mais comme si nous étions téléportés plusieurs siècles en arrière. Récompense du parcours du combattant pour arriver jusqu’à ce lieu magique.

Le garçon nous a consacré plus de deux heures avec moult explications, sans jamais nous révéler que la famille royale est actuellement une des plus pauvres de Zangla !!!
Nous reconduisant jusqu’à notre 4x4 il prit congé de nous en nous serrant chaleureusement la main avec un grand sourire et s’est esquivé en une seconde, comme une apparition, avant même que j’aie eu le temps de dire quoique ce soit. Il fallut le rappeler pour lui proposer un peu d’argent en remerciement de cette visite exceptionnelle et de ce merveilleux moment passé ensemble. D’abord il a semblé ne pas comprendre, puis il s’est exclamé avec un grand sourire : Oh you want to give a donation !
Nuance de vocabulaire : on ne fait pas l’aumône à un petit-fils de roi !
Une visite gratuite qui valait bien plus que certaines autres onéreuses qui ne cassent pas trois pattes à un canard !!!

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