La capitale du Ladakh :

Entre enthousiasme et déception

 

 

Quand nous sommes arrivés à Leh, nous avons trouvé notre bonheur, à la Ser Dung guesthouse : tout le confort souhaitable, eau chaude 24h/24 avec des robinets qui fonctionnent, chambres très propres, literie impeccable, un accueil charmant de propriétaires aux petits soins… et un prix très correct négocié pour moi qui ai choisi de me remettre un peu de toutes ces émotions en restant longtemps à Leh.

J’irai me balader à pieds dans la montagne tout autour.

Après la fatigue du Zanskar à cause de l’inconfort et la déception de me retrouver seul, j’ai besoin de faire un break. Je me demande seulement comment je vais m’organiser pour passer ces trois semaines ici en espérant un hypothétique retour de Johny. Bref, que faire à Leh pendant tout ce temps ?

Après deux jours de repos complet pour reprendre ma forme physique et morale – très affecté du départ précipité de mon compagnon de voyage -, je pensais partir aujourd’hui à la découverte de Leh quand est tombée l’information, hier dans l’après-midi, d’un attentat à la bombe à Bodghaya qui a provoqué l’annonce d’une grève générale et d’une manifestation pacifique – on est en pays bouddhiste – de protestation pour cette journée. Je me suis joint à la manifestation ce matin, avec mes deux co-locataires françaises et mon propriétaire.

Ce fut un peu difficile de passer trois heures en plein soleil, assis par terre dans la poussière, après le défilé. Et comme un idiot, je n’avais pris ni casquette, ni foulard, ni mouchoir pour couvrir mon crâne. Une des filles m’a affublé d’un sac d’emballage de super marché en fibre biodégradable. Je n’en voulais pas, trouvant cet accoutrement ridicule, mais elle ne m’a pas laissé le choix. Et vlan ! Elle m’a enfoncé le sac sur la tête.

– Tu préfères attraper une insolation ?

Ce qui m’a frappé c’est la grève ABSOLUMENT générale : TOUT fermé, Leh, ville morte. Après l’effervescence des jours précédents, c’était impressionnant. Même les cashmiri si âpres au gain avaient tiré leurs rideaux. Et l’on sentait que ce n’était ni par obligation, ni par force, ni par peur de représailles, mais par réels partage et compassion.

A moins que je me fasse des illusions ?

Le plus pénible pour moi furent tous les discours de dizaines d’orateurs, en tibétain, en ourdou, en ladakhi, sous un soleil brûlant. Discours de tous les politiciens et chefs religieux de la région, toutes religions confondues. Un beau geste de solidarité  et de révolte – pacifique –

.Sinon, tout va bien, mes hôtes sont vraiment adorables et aux petits soins. Je me gave de légumes frais et variés, – sans engrais chimiques -, de salade verte – eh oui, ici, à 3500 m ! – dont regorge le jardin. Tous les jours, depuis notre passage au Zanskar, je me goinfre chaque matin au petit déjeuner du délicieux pain local. Fait d’une pâte levée de farine d’orge, cuite sur une plaque ou à la poêle, individuellement, de sorte qu’on a son pain à soi, tout chaud, qu’on badigeonne de beurre et de miel ou de confiture ou de ce que l’on veut. Moi je m’en tiens à ces trois ingrédients. Mais aujourd’hui, en plus, ils m’ont fait goûter à la fameuse tsampa.

J’ai d’abord essayé la farine seule, au creux de la main, pour en saisir le goût. L’orge grillé est délicieux, encore meilleur que le sésame. Puis la traditionnelle mixture : la farine transformée en pâte avec du thé. Les pauvres la mangent ainsi. C’est bon et très énergétique mais étouffe-chrétien. Les riches – je séjourne chez des riches – font des boulettes qu’ils laissent tremper dans un bouillon de légumes ou autre. J’ai donc eu droit à du bouillon de légumes, mais comme ils savent que je ne suis pas végétarien, le bouillon, assez épicé je dois dire, était aussi à base de côtelettes de mouton. Un régal !

J’ai beaucoup pensé à mes amis français qui sont horrifiés de me voir manger du fromage, des œufs ou du jambon au petit déjeuner. Alors là, il y en aurait eu des commentaires dégoûtés !!!

A propos du mouton, contrairement au reste de l’Inde où c’est poulet tous les jours, ici, c’est mouton tous les jours. Je n’aime pas le mouton dont je trouve le goût trop fort. Je préfère de beaucoup la viande d’agneau. Mais ici, je me régale. Je ne retrouve pas ce goût de mouton qui me soulève le cœur dans certains ragoûts en France ou couscous marocain/algérien. Pourtant ce n’est pas de l’agneau, on m’a confirmé que c’est bien du mouton. Voire de la chèvre sous la dénomination « mouton »

Chaque jour passé ici remplit mon cœur de joie et de paix.

J’ai retrouvé ma sérénité.

Il ne se passe pas grand chose à Leh. Je glande, je bulle, je me repose. Mes difficultés respiratoires dues probablement à la poussière et à la sécheresse de l’air, font que je ne fais pas les longues randonnées que j’avais prévues. Je m’essouffle beaucoup trop vite. Les bus sont trop bondés – bondés pas blindés qui ne veut rien dire dans ce sens – et louer une voiture est trop coûteux pour moi seul. On verra plus tard à deux quand Johny sera revenu. S’il revient. Mais je ne m’ennuie pas J’essaie de faire abstraction des touristes pour me mêler le plus possible à la vie ladakhi de Leh. J’ai la chance de me trouver au sein d’une famille ladakhi et cela me dépayse complètement me permettant d’observer bien des modes de vie. Les choses sont peut-être faussées du fait que je me trouve plongé dans l’univers d’une famille aisée, intellectuelle et raffinée. Mais c’est une expérience tout de même.

Maintenant que je suis seul à résider dans cette famille, je peux voir encore mieux leur façon de vivre, leurs habitudes, leurs réactions, leur nourriture. Un exemple. En ce moment la sœur de Dolma est avec nous avec un petit garçon d’environ huit ans, ABSOLUMENT ADORABLE ! Il joue, rit, et chahute mais est d’une politesse et d’une gentillesse impressionnantes. Il aide à présenter les plats, à débarrasser. En prenant congé pour aller me coucher, ce soir, je viens de le trouver assis dans la cuisine avec les femmes de la maison en train d’essuyer la vaisselle. Cela change tellement de l’éducation macho des petits « mâles » indiens habitués dès l’enfance à se faire servir par les femmes, mère, sœurs, domestiques… Alors est-ce une habitude ladakhi ou une éducation spécifique à cette famille ? Pendant 2 jours ils étaient trois garçons. C’était un plaisir de les voir jouer, chanter, rire, sans hurler, sans se disputer, sans se taper dessus… Sans jamais être désagréables, et sans pour autant être éteints comme certains garçons dits « sages ».

Je ne peux pas raconter tous les détails des attentions qui me sont témoignées. Hier j’étais appuyé la tête contre le rebord de la fenêtre, Dolma est arrivée vers moi et m’a glissé délicatement un coussin sous la tête. Et tous ces petits gestes sont multiples, purement gentils affectueux, sans être motivés par des raisons commerciales. Nous sommes convenus du prix de la chambre et des repas le jour de mon arrivée, et depuis, nous n’en parlons plus. Ils ne veulent aucune avance et je suis chez eux comme en famille. Cette hospitalité si spontanée me semble exceptionnelle.

Norboo veut toujours m’accompagner en ville avec sa voiture personnelle.

Il a décidé de me faire grossir, il me trouve trop maigre, – j’ai pourtant plusieurs kilos de trop – lui qui est un petit bonhomme d’une soixantaine d’année, d’un tout petit gabarit.

J’ai accès à la cuisine où je peux me faire thé ou café à volonté, mais si l’un d’entre eux est là, je dois m’asseoir aussitôt et ils se mettent en quatre pour me préparer ce que je veux et en plus m’apportent des petits gâteaux. Ce soir Norboo m’a offert un whisky – indien – qu’ils appellent « brandy ». C’est un vrai tord boyaux, mais qui m’a fait chaud au cœur.

La petite jeune femme qui s’occupe de la tenue de la maison et prépare les repas est une cuisinière hors pair pour son âge.

Elle  n’est pas considérée comme une domestique, mais fait partie de la famille, mange avec nous, participe à la conversation et aux nombreuses parties de rigolade, car, en plus, ce sont des gens très drôles, très spirituels avec beaucoup d’humour. Ils rient tout le temps, comme le Dalaï Lama. En plus, ils sont raffinés et très cultivés. Nous pouvons avoir des échanges qui ne sont pas banals ni au ras des pâquerettes.

Demain les françaises partent quelques jours chez un couple ladakhi. Norboo les y emmène et du coup, puisqu’il doit revenir, il m’a proposé de m’emmener avec eux. En s’excusant du fait que je ne ferai que de la voiture, mais que je pourrai profiter des paysages.

Moi qui suis toujours couché en Inde à 20h30/21h, j’ai changé de rythme, car après le repas, la soirée se prolonge jusqu’à 22h/22h30.

Le père de Johny est mort le surlendemain de son arrivée.

Mon expérience professionnelle m’a enseigné qu’il est extrêmement fréquent qu’une personne sur le point de mourir attende qu’une certaine personne soit présente – ou au contraire absente – pour passer de vie à trépas. J’en suis d’autant plus convaincu que je l’ai vécu personnellement.

Mon ami m’a envoyé un long message très émouvant au sujet de son billet d’avion que j’ai financé et surtout concernant son arrivée au chevet de son père à ses derniers instants.

Les rites catholiques – syriaques – me semblent un tantinet surannés, compliqués et pesants.

Il m’annonce qu’après les deux ou trois semaines de formalités et traditions liées aux funérailles, il reviendra – en train et bus – pour reprendre notre voyage interrompu.

C’est beau l’amitié.

S’il arrive… Car la mousson est épouvantable cette année. Villes et campagnes sont transformées en rivières et torrents, même Delhi ou Mumbai : électricité coupée, maisons effondrées… Je croise les doigts pour que son train et ses bus le conduisent ici à bon port sans que voie ferrée et routes ne soient coupées et impraticables. Même ici, au Ladakh, théoriquement à l’abri de la mousson, les jours gris et chargés de gros nuages sont bien nombreux et il a même plu aujourd’hui.

J’ai été réveillé ce matin par une forte pluie qui crépitait sur la terre du jardin. Il pleut des cordes. Inimaginable en pleine région désertique !!!

Je commence à m’inquiéter. D’abord pour l’état des routes et voies ferrées et l’arrivée de Johny, mais aussi pour la poursuite de notre voyage…

L’électricité est coupée pour la journée, volontairement m’a-t-on dit. Je suppose à cause des risques de courts-circuits et d’incendie…

 

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