Chamba , la ville aux temples millénaires

 

J’ai quitté Dharamsala sans regrets sous des trombes d’eau. Le seul intérêt fut de découvrir d’énormes rivières, hier à sec, gonflées d’eaux aussi rouges que tumultueuses, telles une mer déchaînée. La couleur de ces flots impressionnants due à la terre rouge qui caractérise cette région ainsi que leur fureur dévalant les rochers, emportant tout sur leur passage, prêtaient à la tentation de descendre de voiture pour faire quelque photo spectaculaire. Mais, décidément, la mousson, je déteste, même si amis indiens et français m’ont maintes fois affirmé que je ne connaîtrais pas vraiment l’Inde sans y avoir goûté.

La route fut sans aucun intérêt pendant presque 100 kilomètres à part le passage de ces larges rivières que je contemplais pour une fois sans qu’il ne s’agisse d’un lit de sable et de cailloux sans fin. Mais pour atteindre Chamba, il fallait franchir la chaîne du Dhauladhar par le col du Jot à 2650 m d’altitude. Alors là le spectacle devint grandiose, me rappelant, quoique très différemment, les paysages de l’an passé dans la vallée du Kinnaur.

Quelques grandes frayeurs au passage, sur une route ne permettant pas le croisement avec un autre véhicule. A fortiori lorsqu’il s’agissait d’un camion ou d’un bus ! Imaginez cette route en lacets et virages en épingles à cheveux serpentant à flanc de montagne, sur 30 kilomètres, en longeant le précipice et ajoutez à cela les nombreuses pierres et blocs rocheux au milieu de la « chaussée », quand ce n’était pas un morceau de montagne emporté par un éboulement. On se demande toujours ce qui se passerait si la voiture passait au même moment ! Ecrasée comme une mouche. J’ai compris alors pourquoi mon jeune chauffeur m’avait annoncé quatre heures de route, alors que nous avions roulé à toute allure sur une excellente route et franchi les premiers 100 kilomètres en à peine une heure et demie et que nous n’étions plus qu’à 40 ou 50 kilomètres de Chamba.

J’avais cédé ma place de devant au petit frère du chauffeur afin de pouvoir aller d’un bord à l’autre pour admirer le paysage. – le petit frère ? mon œil ! Il avait emmené son meilleur copain pour lui faire découvrir le paysage aux frais d’un client et surtout pour ne pas être seul au retour –

Chamba m’a surpris plus encore que je ne m’y attendais par son absence totale de touristes. Quelques familles indiennes en ballade, certes, mais rares. Je suis assurément le seul blanc européen dans toute la ville. Une ville typique de l’Himachal Pradesh, restée dans « son jus », animée et grouillante de vie, en journée comme le soir, avec des centaines de boutiques à touche-touche semblables à l’image et au souvenir que je garde de mes premiers voyages en Inde. Des gens exceptionnellement accueillants et souriants qui n’hésitent pas à faire vingt ou cinquante mètres avec vous pour vous montrer par où passer quand vous demandez votre chemin, ou qui vous invitent à grimper sur leur terrasse pour faire des photos sur les somptueux temples millénaires qui sont l’objet de ma visite ici.

Au passage, quelques surprises telles qu’une chambre crado absolument abominable, excepté la salle de bains, mais si vous aviez vu l’état des draps et de la serviette de toilette !!! Hélas, j’avais déjà payé ma réservation sur internet  avant mon départ. Autre erreur à éviter. Mais je craignais une trop grande affluence de touristes indiens en cette période de vacances scolaires.

Quant à la crasse du restaurant recommandé par le guide, elle l’emporte sur celle de l’hôtel où je loge. On ne pourrait imaginer pareille gargote dans le pire quartier d’une ville populaire française. Les sièges en bambous laqués blanc sont noirs de crasse et maculés de tout ce que l’on pourrait imaginer de dizaines d’années accumulées. Mais, effectivement, une nourriture excellente servie dans des assiettes propres, mais vu l’aspect de mon verre j’ai préféré boire au goulot de ma bouteille ! Tout cela dans une ambiance animée et chaleureuse d’auberge médiévale où la bière trônait partout sur les tables, occupées par des hommes particulièrement peu braillards, mais…bavards à souhait. Je baignais dans une sorte d’euphorie retrouvée.

Le lendemain je suis parti à la découverte des temples. Pas eu trop chaud au départ, vers 9h, mais dégoulinant au retour à 13h30, après je ne sais combien de kilomètres à déambuler et d’escaliers qui n’en finissent plus de monter. Mais la descente est tout aussi fatigante car les marches font de 30 à 35 cm de haut voire plus par endroits. Par deux fois, j’ai dû demander mon chemin car rien n’est indiqué pour dénicher les temples qui ne se situent pas au cœur de la ville, et par deux fois on m’a proposé de m’y conduire à moto. Le premier, un jeune dans les 20 ans, tout sourire, et le deuxième plus âgé avec son scooter. Le premier j’ai refusé poliment, mais la chaleur et la distance m’effrayant, j’ai accepté la seconde invitation. A Varanasi, Cochin, Rajasthan, Dharamsala ou en tout autre endroit touristique, il aurait fallu payer d’une façon ou d’une autre le service rendu. Mais ici, rien de cela. On te propose de t’emmener juste par gentillesse vis à vis de l’étranger. Quel dommage que l’Inde ait été aussi pourrie par le tourisme en bien des lieux.

C’est la pleine saison des mangues, il y en a à vendre partout à touche-touche. Elles sont ENORMES, entre 500 et 800 grammes !!! Jaune-orangé-abricot, elles sont sans fil aucun, d’un arôme à se pâmer, et d’un goût paradisiaque ! Vous comprendrez que je fasse la grimace devant le prix et le goût des mangues d’importation vendues à Leclerc, Carrefour et autres supermarchés… J’en ai acheté deux, l’une pour dessert de midi, l’autre pour ce soir ou demain matin selon maturité, et je m’en suis goinfré. Et cela pour moins de 40 centimes d’euros les deux (environ un kilo.).

Mais aujourd’hui, troisième jour ici, j’ai pété les plombs.

Je ne me suis pas trop étendu sur l’état de ma chambre, mais c’était une vraie abomination. Après avoir exigé des draps propres, je vais pour me doucher et… le chauffe-eau ne marchait pas. Ils m’ont proposé un seau d’eau chaude. J’ai protesté très fort, disant que j’avais payé une chambre avec eau chaude 24h/24. Alors ils ont fini par m’en donner une autre dont les draps étaient propres, mais déchirés. Je les préfère déchirés mais propres plutôt que l’inverse. La salle de bain était propre aussi, mais quand j’en suis sorti, mes pieds sont devenus noirs en marchant sur la moquette pourrie et dégueulasse. Je craignais quelques bébêtes la nuit venue, mais je n’ai eu aucun visiteur (ou je ne les ai pas vus ?). Baie vitrée scellée, pour la lumière, mais trou dans le mur pour l’aération. Trou donnant sur un avant-toit inférieur et que j’ai bouché avec le coussin d’un siège – crado – pour éviter tout intrus indésirable (si vous voyez ce que je veux dire). En fait, j’avais payé pour une « deluxe room » sur Make my Trip, mais m’ayant pris pour un pigeon ils m’ont attribué l’une de leurs pires chambres.

Ce matin, après 3 jours de patience, je demande une serviette propre car sans aération dans la salle d’eau, la mienne puait après une bonne dizaine de douches. J’ai dû attendre deux heures avant d’en avoir une autre. Quand on me l’a apportée, elle était carrément mouillée, car elle était restée à sécher sur la terrasse… sous la pluie. Alors ils m’ont donné un drap déchiré pour m’essuyer. Pourquoi pas ? Mais le drap, une fois ouvert, était éclaboussé de fientes.

Quand j’ai voulu déjeuner, le lendemain matin, on m’a dit qu’il fallait payer en plus alors que le petit dej était compris dans le prix de la chambre (très chère pour ce que c’était). Nouveau coup de gueule. J’ai commandé un thé et une omelette. Elle était immangeable : œufs avariés ? A moins que ce soit l’huile de cuisson qui lui donnait ce goût infect ? Donc obligé d’aller déjeuner ailleurs alors que j’ai payé pour avoir le petit-dej compris dans la location. Et je me suis fait agresser par le manager qui voulait me faire payer le breakfast (que je n’avais pas mangé d’ailleurs) !!! Shanti, shanti ? Non, pas shanti du tout.

Impossible de protester chez MakeMytrip, leur service de réclamations ne fonctionnait plus et tous mes messages à leurs différentes adresses e-mails me sont revenus comme « adresse non-valide ».

C’était pas mon jour.

J’avais repéré un hôtel assez chic à une centaine de mètres. J’y suis donc allé prendre mon breakfast. Du coup je me suis hasardé à demander les tarifs des chambres. Leur plus simple et moins cher, que j’ai demandé à voir, était immense, nickel, 2 serviettes de toilette dont un drap de bain et une normale, + un petit coin salon + une moquette propre + wi fi gratuit. Tout cela pour exactement le même prix que mon gourbi infâme !!! L’hôtel est le plus grand de Chamba, comportant diverses terrasses avec vue, et sièges pour s’asseoir en sirotant un bon café ou un thé. Une telle chambre à 700 roupies, on croit rêver ! Surtout après avoir vécu 3 jours dans l’autre au même prix…

Cerise sur le gâteau : un accueil adorable depuis le gérant jusqu’au dernier des petits boys-rooms dont l’un d’eux est venu jusqu’à mon hôtel chercher ma grosse valise qu’il s’est trimballée dans la rue, car j’ai immédiatement décidé de quitter mon taudis pour venir là. Les autres ne m’ont même pas vu partir. Evidemment, jamais personne à la réception.

L’hôtel « Aroma » étant situé légèrement au dessus de la rue principale, dans une rue en pente, sur le coup de 15h, j’ai décidé d’aller explorer le quartier, juste un instant. J’ai commencé à gravir la côte pour très vite me retrouver dans un inextricable labyrinthe de ruelles mi-Casbah, mi-Varanasi, où seuls ne circulent que piétons, motos, scooters, et… vaches aussi. Un lacis propre – surprenant ! -, longé de maisons toutes aussi jolies les unes que les autres, de la plus somptueuse appartenant à un avocat, un médecin, ou à un notable quelconque, à la plus modeste, toutes entourées de jardins superbement entretenus de fleurs ou de potager bien soigné. Très souvent, sur une terrasse somnole une énorme vache ruminant en rêvant, l’œil vide et abruti, à sa réincarnation dans une vie meilleure. J’ai aussi croisé quelques chiens bien débonnaires, mais ne vous avisez pas de faire un pas en direction de leur maison !!!

Très vite, j’ai eu l’idée de partir à la recherche du chemin qui me conduirait sur une colline que je regarde depuis mon arrivée sans avoir compris comment y accéder. Et de tourne à droite en tourne à gauche, je suis parvenu à la route conduisant aux deux temples, situés chacun dans une direction opposée, visités il y a deux jours après avoir escaladé des centaines d’escaliers épuisants. Cette fois sans le moindre effort, seulement en tournicotant à travers le serpentin du dédale grimpant. Alors, toujours à la recherche du chemin de ma fameuse colline, que je n’ai jamais trouvé, j’ai emprunté cette route sauvage qui s’éloigne de la ville, bordée d’énormes pieds de « charas » qui poussent ici comme les orties ou le chiendent chez nous.

J’ai failli cueillir une grande feuille et quelques graines histoire de rapporter un souvenir « exotique », mais j’ai vite réfléchi que c’était un coup à me trouver pris en flagrant Delhi de cueillette et à goûter – pendant plusieurs mois avant jugement – aux joies d’une geôle indienne sans que l’Ambassade de France lève le petit doigt pour m’en sortir. Car les indiens ne rigolent pas avec ce genre d’interdictions. Et comment faire admettre à une police indienne et à une administration française aussi dénuées de poésie l’une que l’autre, qu’il ne s’agissait que de rapporter un « souvenir hors du commun » ? Moi, le cannabis, j’en ai vraiment rien à faire. Ça ne m’a jamais intéressé !!!

J’ai poursuivi mon chemin sur des kilomètres admirant au passage les innombrables fontaines, cascades et sources. J’ai découvert un superbe templion sylvestre où j’y suis allé de ma petite prière de remerciement et d’invocation pour que tout mon voyage se passe bien. Je n’avais jamais vu une telle forêt de yuccas en fleurs. Une splendeur ! Mais vous n’en verrez aucune photo car dans ma hâte à aller me promener et surtout parti pour une courte exploration des environs, je n’avais pas emporté mon appareil.

Tout au long de mon cheminement, je ne passais pas inaperçu avec ma tête bronzée d’indien, et ma « culotte de zouave » qui déliait les langues des garçons contemplant, admiratifs et éberlués à la fois, ce jean’s hors du commun, eux dont les leurs collent à leurs jambes comme une seconde peau.

Et après avoir parcouru probablement plus de 10 kilomètres une fois encore, j’ai atteint, affamé, au coucher du soleil, ma gargote crado préférée où j’ai dévoré un délicieux « chili chicken » accompagné d’un nan et arrosé d’un mémorable lassi à 25 roupies, quand on paie 50 ou 60 pour un mauvais dans des restaus à touristes « clean » !!!

Je pars demain à 6h du matin pour Srinagar, la ville des jardins moghols.

 

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