De Leh à Keylong :

Emerveillement et Frayeurs


 

 

Le diaporama photos se situe tout en bas de la page à la suite du texte

 

 

 

 

 

 

Il fait un temps affreux depuis notre retour à Leh il y a déjà une semaine. Il pleut tous les jours, pas une pluie torrentielle de mousson, mais une pluie désagréable presque en continu, sans éclaircie. Les chemins  et ruelles sont transformés en boue, et il fait froid. Il a d’ailleurs neigé là où nous sommes passés récemment et la route est devenue encore plus périlleuse.

Nous quittons Leh après-demain pour Keylong, Manali et Shimla où nous devons passer nos quelques derniers jours de voyage. J’en garde un très beau souvenir et surtout celui de mes longues randonnées tout autour de Shimla dans des lieux où à part les singes il n’y a pas grande affluence. Les touristes restent en ville.

Je veux partager mon enthousiasme avec Johny et lui faire découvrir Shimla. Mais il paraît que la pluie tombe à seaux !!! Alors les balades dans les forêts…

La route de Leh à Manali qui est, m’a-t-on dit, absolument superbe… en temps « normal », et qui franchit le col redoutable du Taglang La à 5330m, nous réserve sûrement encore bien des surprises et des frayeurs.

 

Nous avons quitté Leh hier matin à 5 heures tapantes. Dolma et Norboo s’étaient levés à 4h pour nous dire au revoir et nous servir un dernier thé. Puis Norboo a eu la gentillesse de nous conduire en ville jusqu’au point d’embarquement dans le bus. Mais comme je n’étais pas maître de mon temps, nous sommes évidemment arrivés les derniers, alors que tous les passagers étaient déjà à bord. Du coup il a fallu se trimballer trois gros sacs dans le bus alors que celui-ci, comme la plupart des bus indiens, n’est pas équipé pour. Il y a bien l’espace réservé aux sacs et valises au dessus des sièges, mais il est conçu de telle sorte qu’on ne peut y engager que des bagages très plat alors qu’ensuite il y a un beau volume au dessus. Toujours cette logique indienne que je ne comprends pas.

Il a fallu batailler pour obtenir qu’ils mettent dans le coffre ma grosse valise qui fait bien ses 27 ou 28 kilos. Elle a été posée par dessus toutes les autres et en forçant un maximum pour fermer le haillon. Dans quel état arrivera-t-elle à Keylong ?

 

Evidemment, comme prévu, route somptueuse qui ne m’a pas fait faire moins de mille photos (à trier bien sûr) au point d’épuiser ma carte mémoire de 32 Go et ma batterie. Mais j’ai accumulé toutes les frayeurs les plus abominables.

Digression

En réponse à une copine ailleurs qu’ici, je dirais que moi aussi, je la cite : « raz le bol aussi de toutes ces marées de bras qui se dressent devant le la moindre ruine, le zoli zoizeau, ou le bout de la queue d’un éléphant. » et encore pire maintenant avec leurs satanées cochonneries de baguettes à selfie. Les indiens en sont fous !!! J’ai lu dans un article de presse sérieux, qu’ils détiennent le record des excentricités les conduisant même à la mort et j’ai vu aussi une vidéo marrante sur internet d’un chasseur qui les tailladait au coupe-branche.

Maintenant tout le monde veut faire des photos de n’importe quoi, n’importe où, n’importe comment, même si elles sont dégueulasses leurs photos…

Mais il ne faut pas oublier qu’il y a photo…et photos.

La photographie est un art je crois, non ?

Bien sûr il y a le côté souvenir dans les miennes, mais mon but est principalement de faire une belle photo, juste pour le plaisir du beau. Comme d’autres peindraient une aquarelle. Peut-être justement parce que je n’ai pas les capacités de peindre.

J’aime faire des photos tout autant que j’aime écrire. C’est plus qu’un hobby, c’est une passion, un certain besoin de création personnelle.

Mon immense salle de bain est tapissée de superbes photos de cachalots énormes sur et sous l’eau que j’ai faites il y a une dizaine d’années. Et en plus de la beauté de l’image, quand je prends un bain moussant relaxant et parfumé en contemplant mes grosses bébêtes je me demande comment j’ai fait pour réaliser de si belles images. Et puis, dans un bain chaud, je me crois revenu avec eux dans les Caraïbes…

Fin de la digression

 

Dans un premier temps, après Leh, la route s’est élancée pendant deux cents kilomètres à l’assaut de montagnes et de cols vertigineux, dont le Taglan La à 5330 mètres. Malheureusement nous n’avons pas pu jouir du spectacle féérique dont nous parle Jean-Louis Taillefer dans son guide, plongé dans l’obscurité de la nuit encore présente à cette heure matinale.

Toutefois, quoi qu’on en dise, la traversée de More Plains  sur le plateau du Rupshu, ne m’a pas du tout lassé.

Non seulement ce désert sur cinquante kilomètres, sans rencontrer ni village, ni âme qui vive excepté chèvres et moutons escortés de leurs bergers, revêt un charme certain par ses mixages de couleurs allant du brun, jaune, ocre au vert, couronné d’un bleu céleste étourdissant de luminosité, mais encore par ses remparts de montagnes qui longent la route des deux côtés.

Enfin, celle-ci se met à descendre vertigineusement, en lacets sur Pang, le camp de tentes, à environ 4800 m, un village de restaurants offrant à se sustenter sous toile, voire à y loger, en longeant quelques formidables concrétions de sable et de roche.

En fait, un serpentin de piste étroite qui ne mérite pas le nom de route.

Les virages en épingle à cheveux sont si étroits et serrés que certaines fois, le bus ne peut les franchir sans une manœuvre à vous retourner les boyaux. Il se met carrément perpendiculairement à la route, avance tout à l’extrémité surplombant le précipice, puis recule et enfin amorce le virage pour reprendre la continuité de la route.

Après un copieux et délicieux petit déjeuner – ben oui, quand on s’est levé à 4h du matin, qu’on a effectué quatre ou cinq heures de route dans un délire de paysages marsiens, baigné dans des flots d’émotions sensorielles, la moindre petite bread omlet accompagnée d’un thé douteux trop sucré, vous paraît un festin –. Donc, disais-je, nous avons regagné notre bus, reprenant aussi nos émotions. Tel ce pont de planches branlant, si étroit que nous frôlions ses bords à les toucher presque. Un pont provisoire, réservé aux seuls véhicules légers tant il est précaire, traversant, très au dessus de lui, un torrent bondissant et tumultueux se fracassant contre les blocs rocheux sur lesquels le bus se serait déchiqueté si les planches avaient cédé…

Mais à nos risques et périls… Après tout le panneau nous avait prévenu !!!

Les Ladakhi ont de l’humour…

Mais Bon Dieu, pourquoi ne nous ont-ils pas prié de descendre du bus ?

Sitôt passée cette nouvelle épreuve – de nouveau le silence de la mort à bord ! – nous n’en croyons pas nos yeux en découvrant forteresses, temples, et villages ocre-rouge se suivant à la queue-leu-leu.

Superbe !

Mais regardez bien !

Ce ne sont ni des maisons, ni les châteaux de fées et magiciens, mais bel et bien de nouvelles concrétions encore plus phénoménales que celles entr’aperçues dans la descente sur Pang.

Impossible de se croiser, et même sans personne en face, plus d’une fois le bus frôlait le bord des précipices à quinze ou vingt centimètres à peine du bord. – Observez les camions  sur la photo -.

Le tangage à cause des ornières ou des blocs au milieu de la chaussée était tel qu’on se demandait de quel côté le bus allait finir par se renverser.

Bien que l’ambiance soit assez calme et sympathique, le bus était rempli de jeunes de vingt à trente cinq ans qui chahutaient. Eux, ça les faisait rire. Tandis que j’étais l’unique « vieux » à faire dans mon froc.

Seulement, quand ils ont commencé à voir des bus ou des camions écrasés en mille morceaux au fond des ravins ils sont devenus plutôt silencieux !!!

Les cadavres ont été enlevés, mais restent les carcasses et quelques paquetages et objets divers indiquant que l’accident est très récent.

Plus tard, des artistes célestes ont déployé sous nos yeux effarés de longues et immenses bannières, telles des thangkas, sur lesquelles étaient peintes les montagnes, faisant penser plus à un décor de théâtre artificiel plutôt qu’à la réalité de la Nature.

En effet, la végétation, si particulière ici, se composant essentiellement de minuscules buissons rares et épars donne un effet d’aquarelles de style pointilliste

La route était sèche et il faisait beau, mais c’était tout de même particulièrement effrayant, surtout à cause des tangages perpétuels et lorsque l’on était à l’extrême bord. Or c’est à l’extrême bord que par endroit la route s’effrite, comme vous pouvez le voir sur les photos.

Les bus et camions ne sont pas tombés au fond des précipices par hasard…

Toutefois, fasciné par les paysages d’un autre monde, je n’ai pas été l’esclave de ma frayeur.

Elle nous attendait le lendemain…

 

Nous avons fait étape pour une nuit à Keylong où nous nous sommes tous faits arnaquer par l’hôtel Chandrabhaga de l’HPTDC – bus et hôtel du Gouvernement – qui proposait l’hébergement sous tente compris dans le forfait : bus, hôtel, dîner, et breakfast.

Arrivés à l’étape, avec toujours le même je-m’en-foutisme indien qui ne fait jamais attention à rien en matière de précautions, d’attention, d’hygiène – y compris ce cher Johny -, ils ont ouvert le coffre sans aucun ménagement et ma valise, vu son poids et sa position au départ de Leh, a été littéralement projetée par terre dans la poussière du chemin. Inutile de préciser son état : dégueulasse de poussière et surtout complètement démantibulée avec mon précieux Bouddha tibétain à l’intérieur, sans oublier deux ou trois autres objets fragiles.

J’étais fou !

Pas même arrivé au chargement et déchargement des bagages dans l’avion que déjà je redoute le pire à l’intérieur des miens.

Concernant l’arnaque, qui a gueulé ? Votre serviteur… et des espagnols des Baléares – tiens donc ! Je suis originaire de la plus petite de ces îles -. Les autres ont tous accepté sans broncher les pires conditions de l’hébergement – dont une seule douche pour quarante personnes !!! -. Et entassés à cinq par tente. La Majorquine la plus gueularde et moi-même avons exigé d’être seuls avec notre compagnon de voyage c’est à dire deux et non pas partager la tente avec d’autres gens, vu le prix de la nuitée comprise dans le forfait. – un prix de chambre double et non celui de dortoir à cinq !!! -.

La seule douche disponible pour nous tous étant celle d’une chambre inoccupée, j’ai vite entraîné Johny et vite mis le loquet. Pas de serviette de toilette. Johny est parti en chercher pour revenir avec UNE seule serviette – mouillée – qui sentait la serpillère moisie car elle n’avait pas pu sécher convenablement.

Furieux, devant un Johny abasourdi, j’ai défait deux taies d’oreiller et déclaré : voici nos serviettes propres et sèches !

Suivit un repas tout ce qu’il y a de plus simpliste et guère copieux, en continu du foutage de gueule.

Si vous envisagez d’aller un jour à Keylong, ne mettez surtout jamais les pieds au Chandrabhaga hotel. Il y a de nombreux autres hébergements plus confortables, plus accueillants, et beaucoup moins chers dans le village.

 

 

 

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