Les adieux au Zanskar : de Padum à Sanku

 

Le diaporama photos se situe tout en bas de la page à la suite du texte

 

 

 

 

Nous avons quitté Padum ce matin avec 24h d’avance parce que depuis trois jours nous n’avions pas d’eau chaude à notre hôtel. Juste un minuscule chaudron pour nous deux. Inutile de préciser que nous ne nous lavions que le juste nécessaire. Mais la raison de notre départ anticipé est surtout motivée par les difficultés de communication de Johny avec sa famille. Nous voulions repartir avec nos deux jeunes chauffeurs qui nous avaient conduits de Kargil à Padum. Ils étaient ravis. Mais au dernier moment ils sont venus nous voir à l’hôtel pour nous informer qu’ils ne pouvaient pas le faire, que nous devions nous rendre au Centre des taxis pour prendre un véhicule officiel. Ces derniers leur ayant formellement interdit de nous prendre en charge. Ils étaient très déçus, les pauvres, mais nous aussi. Nous sommes partis très tôt le matin non sans faire grise mine à notre chauffeur à qui j’en voulais de ce despotisme mercantile. Mais il n’était pas vraiment responsable du système et il s’est révélé très gentil et bon chauffeur.

Afin d’éviter Kargil et les difficultés d’hébergement que nous avions connues à l’aller, j’avais planifié un trajet de Padum à Mulbek avec une étape bien plus au nord qu’à l’aller, dans le village de Sanku. Et cela d’autant plus que  le guide de Jean-Louis Taillefer annonçait un tourist-bungalow de luxe à 100 roupies seulement, pour un confort maximum dont l’eau chaude 24h/24 par panneaux solaires.

Le pied ! Nous allions enfin pouvoir nous doucher vraiment.

Nous avons retrouvé les paysages sublimes et époustouflants de l’aller, encore plus beaux dans ce sens, surtout avec un ciel lumineux et un soleil plein Est derrière nous qui éclairait fabuleusement les montagnes – entre 6h et 9h surtout -.

Hélas, en arrivant à Sanku, « ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie… »

– Corneille, Le Cid –

J’ai pété un plomb, quoi ! Vous avez déjà compris ? PAS D’EAU CHAUDE !!!

Tandis que la chambre est passée de 100 à 400 roupies en 2 ans !!!

Un seau d’eau chaude ? Mais j’en ai rien à faire de votre seau d’eau chaude ! Je veux pouvoir me laver quand je veux, à l’heure que je veux, et notamment ce soir mais demain matin aussi. Sans couette on se gèle. Avec, on transpire toute la nuit. Donc douche indispensable avant un nouveau long trajet si l’on ne veut pas sentir le sanglier toute la journée. Après dix heures bringuebalés en jeep dans une poussière indescriptible, j’ai besoin de me laver à fond et pas avec un misérable seau d’eau chaude… pour deux. J’en ai assez de me laver à l’eau glacée !!!

Et Johny, consterné par ma colère, de trouver toutes sortes de raisons pour excuser les zanskari. Une fois de plus sa passivité typiquement indienne devant le foutage de gueule : On ferme sa gueule et on ne dit rien !!!

Je réclame DEUX seaux, un pour chacun. Le gardien en apporte un rempli d’eau BRÛLANTE, et avant que j’aie réalisé il emporte le seau vide de la salle de bain pour le rapporter plein d’eau tout aussi chaude. Comment faire le mélange eau froide/eau chaude ? On ne peut pas davantage se laver à l’eau brûlante qu’à l’eau froide !!! Et pas de serviette pour s’essuyer. Le gardien dit qu’il va aller en acheter au village et que nous les aurons dans une heure. Logique indienne. On apporte l’eau MAINTENANT, mais il faut attendre une heure pour l’utiliser.

– Et comment veux-tu qu’on mélange eau chaude et eau froide puisque les deux seaux sont pleins ?

 Johny me rétorque qu’en revenant du village l’eau aurait refroidi.

Oui, bien sûr, il a raison.

Le chauffeur est bien malade. Il tousse à s’arracher la poitrine. Il a les jambes en compote à cause de la fièvre. Il nous avait caché qu’il était malade. Je comprends immédiatement la situation : Il ne pouvait pas s’offrir le luxe de rater une telle aubaine de conduire deux touristes de Padum jusqu’à Mulbek. Pas de congé de maladie, pas de Sécu ici. Il se couche à même le sol dans la salle commune qui sert aussi de réception et de salle à manger. Je lui propose du doliprane. Il refuse. Ah, non, un thé suffira pour me rétablir !

Nous partons donc au village pour essayer de trouver un téléphone public. Nous avons cherché vainement pendant une heure. Johny est tendu, anxieux, voilà plusieurs jours qu’il n’a pu appeler sa famille pour avoir des nouvelles de son père. Je me sens coupable de l’avoir embringué dans ce voyage. Bon, mais je ne l’ai pas forcé non plus.

Je vais encore susciter des critiques : tant pis, j’assume et j’écris ce que j’ai vu.

C’est un témoignage, pas un jugement.

Sur notre passage, nous croisons des gens d’une saleté immonde : hommes, femmes, enfants, sales comme les pires des mendiants, plus encore. Je découvre des femmes lavant leur vaisselle dans le ruisseau qui court dans la rue en pente. Au départ, il doit venir de la montagne, mais arrivé là il vaut l’eau du Gange à Varanasi, plein de détritus, de déchets, d’urine de toutes sortes d’animaux, nous voyons passer dans le courant des sortes d’amas infects impossibles à identifier, et la couleur de ce qui était un torrent ressemble à de l’eau d’égout. Un peu plus loin, dans la même eau, un enfant se penche, se lave le visage et boit l’eau. Encore un peu plus loin, un adolescent se savonne… mais se rince avec l’eau du ruisseau.

Il y a des sources claires partout, pourquoi ne vont-ils pas y remplir un seau ? Une nouvelle fois Johny justifie : ils sont pauvres ! La pauvreté ne justifie pas la saleté et le manque d’hygiène. J’ai vu des pauvres partout ailleurs en Inde, y compris à Varanasi, mais ils sont très propres sur eux à part les pires des mendiants et des estropiés qui sont obligés de se traîner dans la poussière et la merde, comme je l’ai vu à Ajmer… Mais ici ? Non, je ne suis pas d’accord avec toi Johny. Les mots me manquent en anglais pour lui expliquer mon ressenti, mais il comprend et finit par dire :

– Oui, tu as raison. Je les trouve vraiment très sales moi aussi. Et les boutiques le sont encore plus qu’à Padum.

– Retournons à la chambre, je vais enfin pouvoir me laver, je m’essuierai avec la minuscule serviette emportée juste pour le train ou le bus.

– Attends, me dit-il, il va en rapporter une, il est parti en acheter.

Je ne réponds pas. Je bougonne en français :

– Tu te figures pas que je vais m’essuyer avec une serviette qui sort d’un de ces bouges ?

Voilà, vous avez tout en vrac et en direct. Ça ira peut-être mieux demain ? Pas sûr.

Je quitte l’émerveillement du Zanskar sur une note fâcheuse qui vient ternir ma joie et mon enthousiasme.

Demain nous entrons au Ladakh : Nouvelle étape dans un coin perdu Mulbek

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