Humeurs et Etats d’âme d’un voyageur en Inde

Aujourd’hui c’est un article sans photo puisqu’il s’agit des humeurs et états d’âme d’un voyageur en Inde qui sont exprimés ici.

J’avais dit qu’il y aurait parfois un article sans photo ou une (des) photo(s) sans article.

Dès mon premier voyage en Inde, je me suis positionné comme touriste a-typique. Dès mon premier voyage, de nombreux indiens ne pouvaient pas croire que j’étais français. Bien sûr, pas pour l’indien de la rue, pour qui je reste fondamentalement un étranger. Mais pas pour ceux qui ont la pratique des touristes : hôteliers, restaurateurs, serveurs, guides, boutiquiers… Rien en moi, me disaient-ils n’évoque un français : ni « ma gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec » (Georges Moustaki) http://www.paroles.net/georges-moustaki/paroles-le-meteque ni ma façon de m’habiller, ni mon comportement, ni la pingrerie-radinerie-ladrerie inhérente aux touristes français… Oui, oui, désolé, c’est ainsi que les professionnels du tourisme en Inde nous perçoivent : toujours à protester sur les prix, toujours à marchander…

Et après environ une quarantaine de mois de pratique de ce pays, j’ai appris à le connaître, à l’aimer à la folie et à le haïr tout en même temps. Amour-passion. A certains moments j’admire les indiens et j’aimerais être comme eux pour leur patience, leur calme, l’acceptation de leur sort et de leurs conditions de vie. A d’autres, j’aurais envie de leur hurler de ne pas, justement, se laisser dominer par ce qu’ils appellent leur destin. Mon meilleur ami indien, Johny, en est l’exemple parfait.

Par certains côté j’adore leur culture, l’explosion des couleurs, leur sens du respect des « vieux » (eh oui !), leur accueil des étrangers, mais je n’accepte toujours pas leur incivisme, leurs braillements dans les lieux publics, les ordures et déchets qu’ils jettent un peu partout sur leur passage, leur incapacité à « voir l’Autre ».

Toujours des extrêmes : la plus grande originalité personnelle pour se vêtir – je crois que sur les milliards de saris à travers l’Inde, il n’y en a pas deux pareils. Et les chemises des hommes n’ont rien à leur envier par leurs couleurs criardes ou leur design extravagant. Mais alors, dès qu’il s’agit de conformité aux convenances, ils répondent tous « présent ! ». Il n’y en a pas deux différents. Surtout dire et faire comme tout le monde, surtout ne pas se démarquer du voisin de quelque façon que ce soit ! Là, on n’est plus dans la « tradition », on est dans le « formatage ». Et cette fois encore tous pareils quelle que soit leur différence d’obédience religieuse. Ah, cette moustache absolument indispensable des hommes, je la hais !

En Inde, on côtoie constamment le paradoxe et les contrastes : la douceur de vivre/la violence, des effluves paradisiaques de roses et de jasmin/des émanations pestilentielles d’égouts à ciel ouvert ou de bêtes crevées quand ce n’est pas de pisse et de merde humaines. Et leur conception de l’hygiène ? On se savonne, on se frictionne le corps jusque dans les moindres recoins, mais on se plonge dans le Gange à Varanasi pour se rincer ou dans les backwaters à Allepey où se déversent également les eaux usées – quel euphémisme ! – de la maison.

Tout cela pour expliquer que, chaque année, mon temps d’adaptation à l’Inde, quand j’arrive de France, est une réelle souffrance avant de m’épanouir dans cette nouvelle vie. Et par voie de conséquence, quand je rentre en France, j’ai beaucoup de difficulté à reprendre ma vie de petit village à l’esprit étroit.

Je vous en prie, ne dites pas : « J’ai fait » l’Inde ou le Pérou, l’Egypte ou la Chine. Est-ce qu’on fait un pays en le visitant superficiellement en deux semaines ou trois ? On retrouve cette expression partout : sur les forums de voyageurs, dans les magazines de voyage, dans les différents media. On a l’impression que ces gens-là, collectionnent les pays visités, qu’ils font la course à celui qui en aura visité le plus. Et au bout du compte que connaissent-ils des contrées visitées ? RIEN !!!

Je n’ai pas fait l’Inde, c’est l’Inde qui m’a fait au cours de ces longs mois de séjour.

Cette année, il m’a semblé que c’était pire que les autres voyages… Je continue à penser que je ne suis pas un « fou de l’Inde », puisque je m’en remets, mais quelle dépression carabinée ! Quelle envie de tout plaquer et rentrer chez moi ! Seul mon amour de la douceur du climat ici m’en a retenu. Je me suis senti, perdu, abandonné de tous, confronté à une solitude atroce. Non et non, « il ne vaut pas mieux vivre seul que mal accompagné ». L’Homme conserve son atavisme de meute, l’Homme n’est pas fait pour vivre seul et IL VAUT MIEUX, à mon sens, être mal accompagné que seul.

Je vais mieux psychologiquement. Il m’a fallu un mois pour me réapproprier l’Inde sans l’aide de Johny, subitement (re)devenu indisponible cette année pour cause de famille indienne envahissante, indiscrète, étouffante et castratrice. « Je suis revenu à ma vie d’avant » m’a-t-il déclaré un jour.

Une autre des caractéristiques de la culture indienne, c’est le « non-dit ». On ne dit pas sa peine, on ne dit pas sa joie, on ne dit pas son amour, on ne dit pas sa haine, on ne montre pas son chagrin. On fait l’amour, mais surtout il ne faut jamais en parler. – Comme tout ce qui se rapporte au sexe d’ailleurs. – J’en parlerai un jour dans un article consacré à la fête de Holi. Donc, ni Johny, ni sa famille ne m’a exprimé ce qui se passait, mais à force de petites phrases échappées, j’ai fini par comprendre que je suis «celui qui a changé Johny». On lui reproche de trop penser « français », de critiquer l’Inde ou plutôt certains travers insupportables des indiens. De s’être occidentalisé.

Dans les familles bourgeoises c’est le « must », certaines ne parlent qu’anglais  en famille. La France reste un modèle de Liberté, de raffinement et de bon goût dans les classes élevées de la société, comme du temps où les maharadjahs séjournaient à Paris ou dans les palaces de la Côte d’Azur ! Mais dans la famille de mon ami, c’est presque une tare.

Et en plus de la déception de ne plus voir un ami cher, j’ai dû me débrouiller tout seul et j’en avais perdu l’habitude. Je commence à retrouver des repères.

J’ai annulé mon voyage au Gujarat à cause de tout ça. Aujourd’hui, je viens d’annuler mon voyage en Orissa et pour l’instant je ne regrette pas de l’avoir fait. L’Orissa est un Etat très pauvre, très archaïque, très défavorisé, et soit je serais resté dans le périmètre de la superbe maison d’hôtes où j’avais réservé, soit j’aurais « pété un plomb » à cause de l’archaïsme, la saleté et le manque d’hygiène et de civisme dans cet Etat. Tous mes copains indiens me disaient : mais qu’est-ce que tu vas faire en Orissa ? Et maintenant ils me disent tous pareil : tu as bien fait d’annuler.

Je me sens trop vieux et démotivé pour reprendre mon bâton de pèlerin et recommencer à parcourir l’Inde, 2 jours ici, 3 jours là-bas, et faire et défaire des sacs, prendre des trains, des bus, le jour dans la chaleur, la nuit dans la promiscuité, tout cela sans avoir rien préparé avant de partir. On verra l’an prochain mais je ferai alors comme auparavant, je prévoirai bien mon itinéraire, les points de chute, les hôtels, le budget.

Johny est aussi désolé que moi, plus malheureux même, mais il est indien pour ça jusqu’à la moelle :

IL NE FAUT PAS VOULOIR CHERCHER À SORTIR DE SA CONDITION. IL FAUT L’ACCEPTER ET VIVRE AVEC, QUOIQU’IL ARRIVE. (Lisez le magnifique livre : « L’équilibre du Monde » de Rohinton Mistry).

Pour l’instant, il arrive demain, (c’est la première fois depuis 3 semaines) et prévoit de rester 5 jours où nous allons bouger et assister à de nouveaux Theyyams.

A la mi janvier je repars deux semaines, mais peut-être moins, chez les gens chez qui j’ai passé Noël qui me louent une chambre d’hôte où j’espère avoir un peu plus de liberté et d’indépendance qu’à Noël. Sinon je ne resterai pas. D’ailleurs je vais prendre juste une petite valise avec mon ordi et de quoi travailler sur le blog afin de pouvoir m’en aller du jour au lendemain si je m’ennuie trop là-bas. Pour le reste du séjour j’improviserai.

Comme chaque année, je me suis fait encore de nouveaux copains avec toujours le même scenario : quand ils voient un(e) occidental(e) seul(e) dans un restau, sur la plage, ou anywhere else, « ils tapent l’incruste ». Et sur le lot, il y en a toujours un ou deux qui émerge(nt) et qui devien(nen)t une relation intéressante (très superficielle mais sympa quand même) : j’apprends de nouvelles choses à chaque fois sur le vrai visage de l’Inde et des indiens. Surtout en fonction de leur classe sociale et de leur religion. Mes meilleurs potes de cette année sont l’un musulman, toujours souriant, toujours heureux, l’autre hindou intello-bourgeois-riche, « pourvu » chacun une femme pas pénible comme celle de Johny et des parents vraiment aimants, là encore pas comme ceux de Johny. Et en plus, L’UN A UNE MOTO, L’AUTRE UNE VOITURE ET UN SCOOTER et il me prennent en croupe…sans casque !!!

Tiens, encore une chose invraisemblable. L’Inde a rendu absolument obligatoire la ceinture de sécurité et le port du casque, avec des contrôles de police draconiens. MAIS… la ceinture n’est obligatoire que pour le conducteur et le casque également. Les passagers, eux, peuvent bien crever !

Voilà, je voulais juste écrire un petit article bien court, bien sage, et puis une idée en amène une autre et

ça devient une épopée.

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