Une inimaginable journée « ladakhi » à Sakti

 

 

Un enseignant ne peut véritablement enseigner
Il apprend lui-même
Une lampe ne peut jamais allumer une autre lampe
Elle continue à consumer sa propre flamme

(Rabindranath TAGORE)

 

 

Aujourd’hui Norboo m’a emmené avec lui à Sakti d’abord pour visiter le monastère de Tagtog (les six premières photos du diaporama), puis dans une école modèle, perdue dans la montagne, plus ou moins parrainée par l’Association Cenfood fondée ou patronnée par Norboo.

Ce sont les vacances scolaires, mais aujourd’hui la salle de classe est le cadre d’une toute autre fonction. Séance « dentiste »  avec les deux stomatologues hébergées la semaine dernière à Ser-Dung guesthouse, organisée par Norboo, financée par une ONG allemande.

Exceptionnelle expérience.

Comme vous pouvez le voir sur les photos, on fait au plus simple en matière d’outillage. Ici pas de matériel sophistiqué, mais l’anesthésie et l’hygiène sont au rendez-vous.

Comme tous les enfants, les petits ladakhi redoutent les soins dentaires, certains sont même terrorisés. Il faut beaucoup de patience, de tact, et de savoir faire pour les calmer.

Des petites bandes dessinées fabrication « maison » sont distribuées aux enfants pour leur expliquer en image ce qu’ils devront faire impérativement à la maison dans les jours suivant l’intervention.

Un grand coffre métallique rempli de jouets et de gadgets est ouvert, béant, devant leurs yeux ébahis. Chaque enfant peut choisir l’objet qu’il veut. Et j’observe, émerveillé combien les enfants sont les mêmes dans le monde entier. La peur, la douleur, laissent la place à la joie et à l’euphorie. Les larmes se métamorphosent en sourires voire en éclats de rire.

Je suis toujours surpris quand je vois un enfant choisir un cadeau : l’objet convoité révèle souvent le caractère de l’enfant, par sa taille, sa nature, son but.

Et comme toujours aussi, une fois son objet adopté on louche sur celui du voisin sur lequel on regrette de n’avoir pas jeté son dévolu. Pas de bagarre cependant, on se prête mutuellement le fabuleux cadeau. Et même quelques échanges de dernière minute s’effectuent. Tu préfères le mien ? Moi finalement je préfère le tien. Adjugé, vendu.

Puis, visite dans un petit atelier de tissage aux métiers sommaires. Un tisserand enseigne à tisser à un groupe de femmes, puis à teindre et à faire des vêtements ladakhi qu’elles viennent ensuite vendre au marché à Leh. C’est Norboo qui paie de sa poche les « cours » de tissage, teinture, coupe et couture (et qui fournit les machines à coudre ?).

Je regarde avec émotion leurs métiers rudimentaires et j’explique que pendant des années j’ai moi même tissé des centaines de mètres de fabuleuses créations en laine, en coton, en lin, en soie, en fils d’argent et d’or, sur un monumental et superbe métier en orme massif.

Une autre des passions de ma vie.

Suit une mini réunion à laquelle sont conviées toutes les femmes du village, et au cours de laquelle il leur est expliqué  qu’il est nécessaire qu’elles se prennent en charge et qu’elles peuvent accéder à leur propre autonomie par leurs travaux sans toujours dépendre de « l’homme », qu’elles doivent revendiquer leur statut de femmes ainsi que leur rôle à tenir dans la société ladakhi.

Après quoi nous sommes conviés à un repas ladakhi typique. Thé salé au beurre, bien entendu, mais nettement moins bon que celui des moines de Karcha : trop de beurre à mon goût – pas rance du tout – Un peu écœurant, le beurre de yack.

Et au moment où j’écris ces lignes je me demande soudain si cette idée reçue et véhiculée partout de beurre rance ne trouverait pas son origine dans ce beurre de yack qui a un goût si particulier, que des voyageurs/explorateurs auraient confondu avec le goût rance d’un beurre de lait de vache.

Avant de nous séparer, il fallut, dans la foulée, sacrifier à l’incontournable séance photos.

Une fois de plus, ce soir, dîner « en famille »  et Sunita avait encore concocté un plat nouveau, un dessert cette fois, à base de farine, de fruits, et d’amandes de noyaux d’abricot. Un peu amer, mais pas trop sucré, très bon. En trois semaines, je n’ai que très rarement mangé deux fois la même chose. Ils m’annoncent pour demain un petit déjeuner uniquement à la tsampa.

 

 

 

 Cliquez sur les vignettes pour les voir en grand format

 

 

 

 

 

 

 

 

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