Lamayuru, une mer d’argile,

à contempler sans modération

 

 

Le diaporama photos se situe tout en bas de la page à la suite du texte

 

 

 

 

Je ne sais si vous vous le rappelez, mais nous devions rejoindre Leh à partir de Mulbek en 12 jours. Et le voyage avait été interrompu et complètement chamboulé par rapport au projet initial, du fait du décès du père de Johny.

A chacun sa façon de voyager.

D’aucuns préfèrent n’avoir aucun projet et décider au jour le jour. D’autres, au contraire, planifient tout dans les moindres détails.

Ça c’étaient les voyages de mon père.

Ne vivant pas en France à cette époque je dois admettre qu’il a su nous la faire connaître dans sa totalité lorsque nous la sillonnions pendant nos vacances. Mais il ne fallait pas lui demander de nous payer un cornet à deux boules chez le glacier du coin si ça n’avait pas été inscrit dans son programme trois mois à l’avance.

Hélas, il m’a transmis un peu de sa façon de faire, mais uniquement parce que je suis déjà parti dans mon voyage dès l’instant où je prévois mes dates de billets d’avion, et ensuite je me délecte en compulsant mes guides, en martyrisant mes yeux sur une carte Nelles à la recherche d’un village dont je me demande s’il n’existe pas que dans mon imagination.

Alors, mes moroses jours français s’illuminent et s’ensoleillent par la préparation de mon itinéraire.

Puis je me bâtis un canevas, décidant des villes où je ferai halte trois jours et de celles où je séjournerai une semaine ou davantage.

Viennent alors le choix et les réservations des hôtels et des voyages en train.

Un vrai plaisir et une joie immense comme si tous ces préparatifs faisaient déjà partie du voyage. Et évidemment je ne pense pas aux emmerdements qui pourraient pointer le bout de leur nez.

Lors des préparatifs, tout est beau, tout se passe bien – dans ma tête -.

Mais je ne vous cache pas que rien n’est figé et que la plupart du temps je suis obligé de modifier mon programme, soit par choix personnel, soit par celui imposé par les innombrables impondérables de l’Inde. Depuis les grèves annoncées le matin même alors qu’elles n’étaient pas prévues la veille… jusqu’aux fêtes qu’aucun de mes guides n’avait signalées, les hôtels full en masse parce que je n’avais pas réalisé que telle étape correspondrait pile à un week-end et que des milliers d’invités à des mariages peupleraient toutes les chambres, si nombreuses soient-elles. En passant par la méchante turista qui vous cloue pendant des heures, certaines fois des jours, sur la cuvette des WC.

Cette fois-ci, mon fichu canevas n’avait pas envisagé un instant un bouleversement d’itinéraire pour cause de décès.

Qu’à cela ne tienne nous avons fait la visite en sens inverse.

De Leh à Lamayuru, le paysage nous laisse pantois.

Les grandes orgues en approchant de Lamayuru, un gigantesque lingam en plein milieu bouddhiste…

Le Ladakh est le pays des abricotiers. Gigantesques pouvant atteindre 5 ou 6 mètres de haut, parfois plus. En ce moment c’est la pleine saison donc on dirait des arbres décorés. L’abricot, ici, est accommodé à toutes les sauces (sucrées) : frais, en jus, en confitures, demi-sec, sec (dur comme un caillou), et leurs amandes séchées qui se mangent en toutes occasions dans la journée malgré leur dose supposée de cyanure.

Quand j’étais enfant, ma sœur et moi cassions les noyaux d’abricots pour manger les amandes au grand dam de notre mère qui craignait pour nos dents tandis que notre père nous disait que c’était un poison mortel.

J’avais oublié ce détail quelque part au fond de ma mémoire jusqu’à ce qu’il ressurgisse en voyant la commercialisation/consommation de ces mêmes amandes séchées au Ladakh.

Le risque serait-il supprimé par la dessiccation ? Personne n’a pu me renseigner.

Et n’oublions pas l’huile d’amande pour la peau…

Si les arbres sont gigantesques, les fruits ne le sont pas, à peine plus gros que des mirabelles, mais un goût, un parfum qui n’a rien à voir avec nos abricots européens devenus énormes à force de greffe et de traficotages divers, mais sans saveur.

Je n’ai jamais été très friand d’abricots, c’est un fruit qui ne m’a jamais emballé, mais ici je m’en gave tellement ils sont gouteux. Même extrêmement secs ils gardent leur goût et leur parfum.

 

J’avais déjà parlé de mon chauffeur lors de ma randonnée à Chilling (où je prétendais avoir aperçu un objet volant bizarre). Je confirme qu’il est hors pair. Non seulement son gros véhicule pour 9 personnes est d’un grand confort – a fortiori pour deux pèlerins – mais il conduit à la perfection sans jamais nous donner la moindre frayeur. Je n’en dirais pas autant de ceux que nous croisons sur notre route !!!

Ce que j’apprécie aux étapes, c’est qu’il se volatilise littéralement. Il nous dépose… et disparaît non sans nous avoir laissé son téléphone au cas où nous aurions besoin de lui. Il a compris, dès ma première escapade à Chilling, que j’étais indépendant, même un peu aventureux. Mais il veille au grain. Je me suis aperçu plus tard qu’en fait il surveille nos allées et venues, voire nous suit de loin au cas où il nous arriverait un ennui.

Nous avons élu domicile pour trois jours à la Lion-Den guesthouse où nous avons reçu un accueil chaleureux des propriétaires, prévenants et présents, mais pas « collants ». Leur discrétion nous a comblés. Nous avons pris nos repas dans la grande salle à manger typiquement ladakhi souvent entourés par les enfants et la grand-mère, mais sans que cela nous occasionne la moindre gêne, car eux aussi faisaient leur train…

 

Lamayuru c’est une mer d’argile au milieu d’un paysage époustouflant. Nous y avons passé deux jours merveilleux à en explorer les moindres vagues. Un matin, voilà que l’ami Johny a une grosse envie de pipi.

  • Oui, eh bien ? Où est le problème ?
  • Je ne peux pas faire
  • Why not ?
  • Because somebody can see me ! S’il y a un berger dans la montagne il va me voir…
  • Parce que tu t’imagines que de là-haut, si loin, il va te lorgner ?

Typique Johny. Des comme ça, il m’en sort à la pelle.

Tiens, à propos de pelle et de besoins naturels, regardez les toilettes traditionnelles de notre guesthouse. Un gros caca, une pelletée de terre jetée par dessus, et hop ! Comme les chats.

Mais nous, les touristes, nous avons de beaux sanitaires bien propres avec chasse d’eau dans notre chambre.

Finies les guesthouses minables et crasseuses depuis un bon mois. Nous logeons dans des chambres qui n’ont rien à envier à notre propreté occidentale, mais avec l’originalité de l’architecture et l’accueil ladakhi en prime. Les ladakhi, comme les zanskari, dans les campagnes profondes, ne se lavent pas, ne se changent pas, et sont crasseux à souhait, mais ce n’est pas le cas de ceux qui sont un peu plus évolués et tout particulièrement, à cause du développement touristique, des propriétaires des guesthouses. Ces dernières fleurissent un peu partout et offrent un confort varié mais sont d’une propreté et d’une hygiène rigoureuses. D’ailleurs, comme beaucoup sont neuves, il n’y a rien à dire. Bien sûr, l’électricité (et encore moins internet) n’arrive pas dans tous les villages. Il faut se contenter d’une alimentation fournie quelques heures le soir par un groupe qui dessert le village. Cela remet un peu nos pendules occidentales à l’heure.

Je suis surtout émerveillé par l’accueil ladakhi partout, même dans les villages les plus reculés.

J’ai fait de nombreuses belles photos, mais je suis très dubitatif, car j’entends la même chanson chaque année de ma famille et de mes amis restés en France : on veut des photos, on a hâte de les voir, vivement que tu reviennes !

Et quand je rentre et que je propose de les montrer, tout le monde part en courant ou fait la moue quand j’en parle. Même ma famille n’a jamais été très motivée pour les regarder, même une fois triées et présentées en diaporamas sonorisés.

Mais je m’en moque royalement. Elles enthousiasment une petite minorité et me font rêver moi-même chaque fois que je les vois passer sur mon ordinateur en fonds d’écran.

J’en ai suffisamment pour ne pas me lasser.

Et c’est bien comme ça.

J’ai un peu l’impression que ce voyage est encore plus beau et fantastique que les précédents. Je vais certainement ne pas pouvoir m’empêcher de revenir au Ladakh. Question de planning, de timing et d’organisation. Hélas, je crois que le Ladakh vit ses dernières heures d’authenticité et je me réjouis d’avoir entrepris ce voyage alors qu’il en est encore temps.

 

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