Les aléas d’un compagnon de voyage

 

Aujourd’hui je voudrais vous raconter mes aventures avec mon compagnon de voyage. J’y ai fait allusion dans mon précédent article.

Trois raisons m’ont conduit à chercher quelqu’un pour m’accompagner dans mon périple :

  • La peur de l’aventure en solitaire

  • L’envie/besoin de partager au quotidien mon émerveillement et mes désillusions, voire mes mésaventures.

  • Le côté pécuniaire. Partager les frais de chambre, de rickshaw, de voiture…

J’ai d’abord passé une annonce sur voyageforum.com sans autre précision que « cherche compagnon/compagne de voyage, etc… »

Le sexe féminin s’est précipité au portillon. Quelle rigolade ! J’ai eu tous les cas possibles : depuis la petite jeunette qui meurt de trouille de partir seule en Inde et qui a besoin d’un « papa-protecteur », jusqu’à la dame qui cherche un compagnon de lit plus qu’un compagnon de voyage, en passant par celles qui espéraient le mec qui allait tout payer pour leurs beaux yeux : chambre, restau, taxi, etc…

Alors j’ai enlevé « compagne ». Et là presque même topo jusqu’à ce qu’un mec apparemment très sympa me contacte en me disant que lui aussi est un passionné de photo.

A partir de là nous avons échangé des dizaines et des dizaines de courriels et appels téléphoniques car il me disait être dans l’impossibilité de venir passer un week-end chez moi parce qu’il travaillait. Et quand je lui ai proposé d’aller le voir, il m’a répondu : tu peux venir mais tu seras seul, car je travaille 6 mois par an pour pouvoir voyager les 6 autres mois, donc je bosse dur et même le week-end.

Nous avons longuement parlé de nos goûts en général et en matière de voyage en particulier. Je lui disais entre autres que j’aime particulièrement être en communion avec la Nature, que je suis un peu « sauvage », solitaire, et anticonformiste. A quoi il m’a répondu que lui aussi. Je ne me rappelle plus la teneur de son message, mais je me souviens PARFAITEMENT de son expression : « j’aime bien les chemins peu fréquentés qui sentent bon la noisette et le chocolat. »

Nous avions apparemment plein de points communs et d’atomes crochus pour voyager ensemble, sauf que lui était plutôt un aventurier décidant au jour le jour et moi plutôt du genre à bien regarder où je mets les pieds et planifier à l’avance.
Il a trouvé cela très bien, me disant qu’il s’en remettait à moi pour tout, qu’il me donnait carte blanche pour tout organiser : le circuit, la gestion des étapes (hôtels/restaus), et les moyens de locomotion.

Je le tenais au courant de mes projets, je lui demandais son avis, ne voulant pas lui imposer MON voyage. Il répondait Amen à tout, était toujours d’accord sur tout.

J’avais trouvé le compagnon idéal !!!

Je ne reviens pas sur les raisons qui m’ont conduit à changer d’avis et à renoncer à sa compagnie au dernier moment, à quelques jours de mon départ. Vous l’avez lu dans l’article précédent.

Le surlendemain matin de mon arrivée à Bangalore, réveil en fanfare par sonnettes et grands coups  de poings ou pieds dans la porte (j’avais mis des boules Quies). C’était ce cher François qui avait retrouvé miraculeusement mon hôtel et mon nom qu’il m’avait dit avoir oublié. Je n’ai pas eu le courage de le renvoyer. Mais accueil glacial. Je sais bien faire.

Nous partons visiter le city market et nous nous retrouvons dans l’Inde vraie et authentique, sale, grouillante et animée.

Déjà l’inde opère son charme car je suis aux anges et je me détends. Je ne fais plus la gueule. Nous passons là de longues heures au milieu des odeurs, des couleurs, des cris, du bruit, et de la foule aussi. Un régal !

Mais déjà François commence à faire pression pour que nous partions le lendemain au lieu du jour suivant. Mais comme  je suis las de la ville et du bruit j’accepte sans rechigner.

Seulement nous ne sommes pas d’accord : lui veut partir en train, alors que nous n’avons pas de réservations, ce qui, en Inde est synonyme de grosse galère en perspective, et moi je veux prendre un bus. Pas besoin de réserver. Il veut passer une nuit  a Vellore (étape non prévue dans mon projet). Je dis encore OK. Nous avons voyagé pendant quatre heures, debout, dans la chaleur d’un train hyper bondé. Le métro parisien aux heures de pointe. Peut-être pire même. Enfin, nous débarquons à Vellore où François commence à m’agacer sérieusement dans ses négociations avec les rickshaws pour… 5 roupies.

Non, mais je rêve !

Avec une apparente douceur, bienveillance et sollicitude, et un ton mielleux, il parvient toujours à m’imposer ses convictions et ses propres façons bordéliques de voyager. C’est le genre de personnage  qui prend systématiquement le contrepied de ce que vous lui dites, quel que soit le sujet. Il ne cesse de critiquer mon itinéraire et la durée des étapes. Son comportement avec les rickshaw me fait bondir. De même avec les gens, en particulier les enfants dans la rue. Tantôt plein de sourires, tantôt il est odieux, les engueule et les envoie balader sans ménagements et les enfants sont décontenancés par cet accueil à leur enthousiasme. Il me fait honte.

Nous partons pour Mahabalipuram sur la visite de laquelle je rédigerai un article ultérieurement.

La veille du départ, il commence  à pinailler. Il préconise un plan super compliqué (5h30 de voyage en bus avec changement) par économie (ou radinerie ?) contre 2h30 en voiture (à deux c’était vraiment gérable), pour se rendre à Tiruvannamalai. J’ai coupé court à la discussion, pas envie de me gâcher cette belle fin de séjour. Je suis allé réserver un taxi, en lui disant au retour : je pars demain à 8h30 en voiture. Si tu veux venir, tu viens. Je paierai. Si tu ne veux pas, tu prends le bus. Et comme il recommençait ses coupages de cheveux en quatre, et son ton mielleux et hypocrite pour me convaincre d’accepter le bus, je suis sorti me promener en pensant : après Tiruvannamalai, arrivé à Pondichéry, je le largue.

Non, « m’enfin ! ». Je vais avoir la paix, oui ?

Deux choses m’ont surpris dans son comportement quand le soir et la nuit arrivaient. Je me suis aperçu qu’il ne pouvait pas dormir lumières éteintes. Chaque fois qu’il semblait endormi, je me levais et éteignais. Mais j’étais réveillé un moment après par la lumière, car lui l’était par l’obscurité et se levait pour rallumer. La deuxième chose surprenante c’est qu’il remuait beaucoup et tant, qu’il faisait bouger le lit.

A Tiruvannamalai son comportement pathologique empira. Il est vraiment caractériel, passant de la douceur d’un agneau à une terrible agressivité tant avec moi qu’avec les indiens dans la rue qui décidément n’y comprennent rien.

La deuxième nuit, je me lève une fois de plus pour éteindre et aller pisser quand je vois des images bouger sur son écran d’ordinateur.

Ah, oui, j’oubliais de dire : pour s’endormir il lui fallait toujours son ordinateur allumé, posé sur une chaise à côté de sa tête.

Donc, je vais soulager ma vessie et, au retour, en passant, je regarde les images qui bougent sur son écran.

Vous êtes assis ? Prêts à lire sans tomber ?

Je vois des femmes nues couvertes de merde presque des pieds à la tête, qui la pétrissent et en enduisent des mecs à poil avec lesquels elles ont des relations sexuelles !!! C’était à vomir. Il ne manquait que l’odeur.

Oui, oui, j’ai bien regardé, car c’était en pleine nuit et je me demandais si je ne rêvais pas.

Vous avez compris pourquoi le lit bougeait tant avant qu’il s’endorme, et pourquoi il lui fallait l’ordinateur sur la chaise à côté de lui ?

Le lendemain, je ne peux m’empêcher de lui dire mon écœurement. Que me répond-il ? Ben je t’avais bien dit que j’affectionnais les chemins peu fréquentés qui sentent bon la noisette et le chocolat. Tu n’avais pas compris ?

Puis nous partons chacun de son côté dans la ville. Je le rencontre dans un débit de thé où il m’agresse à propos d’un trajet en rickshaw que nous devions faire ensemble et me parle comme à un chien.

La coupe est pleine, je n’attendrai pas Pondichéry pour le larguer !

En moins de temps qu’il en faut pour le dire j’ai appelé la guesthouse de Pondichéry pour savoir s’ils pouvaient me loger dès le soir même et m’envoyer un taxi tout de suite pour venir me chercher. Deux heures de trajet, soit quatre aller-retour, c’était jouable pour le chauffeur.

Ça m’a coûté une nuit de plus à Pondichéry et 1700 roupies de taxi, mais la liberté n’a pas de prix.

Ouf !!! Finie la galère avec le français. Bien pire que ce que je craignais de mon arrivée en Inde.

J’allais enfin me détendre et profiter pleinement de mon voyage.

JAMAIS, PLUS JAMAIS, JE NE VOYAGERAI AVEC UN INCONNU RENCONTRÉ SUR UN FORUM !!!

 

 

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