Les bonnes et mauvaises surprises de Mandi


Nous sommes arrivée à Mandi à 6h. J’apprends que l’hôtel où j’avais réservé (et payé) une chambre, pas cher, par sécurité pour une nuit, sur internet, se trouve complètement à l’extérieur de la ville, à 15 kilomètres. Avec toutes les formalités que je dois faire ici, dont changer de l’argent, c’est hors de question.

J’indique au rickshaw un autre hôtel, repéré vite fait sur le guide Lonely Planète. Tout est bouclé. Rideau de fer !

Oh, ça recommence ou plutôt ça continue.

Mais le rickshaw-wallah ne se démonte pas, il prend mon guide et leur téléphone pour se faire ouvrir. Un gars hirsute à l’air complètement abruti – je l’ai tiré de son sommeil – me dit qu’il ne reste qu’une seule chambre, évidemment la plus chère.

L’hôtel a l’air minable.

Vu le prix annoncé, je ressors presque en courant pour dire au rickshaw que je vais à l’hôtel le meilleur de Mandi (selon le guide). Cher pour cher, j’espère trouver là une chambre correcte libre, au moins pour une nuit, que je puisse me doucher et me coucher dans un lit confortable.

Nous voilà repartis.

Hôtel chic ? Il me semble miteux. Ancien palais royal, certes, mais vétuste, et peu engageant.

Pas un chat à la réception !!!

Bon, ça va, on retourne à l’autre ! Je prends la fameuse seule chambre libre. Elle est très propre. La salle de bain aussi. L’hôtel semble minable et pourtant la chambre est impeccable. Incredible India ! Douche vraiment chaude, vraie douche, pas un filet d’eau comme souvent. Une clim de l’âge de pierre, mais qui m’apporte IMMÉDIATEMENT une fraîcheur bienfaisante.

Et dodo jusqu’à midi. Au point qu’en me réveillant, j’ai tout mélangé, je me croyais le matin du 5 ayant oublié que j’étais arrivé ce même jour, 4 juin, à 6h. Le réceptionniste a dû me prendre pour un dingue et m’a demandé mon passeport pour vérifier ma date d’arrivée en Inde. Car me croyant le 5, je lui ai dit être arrivé la veille, le 4 (alors que la veille c’était le 3). Bref un imbroglio de dates incroyable auquel le brave homme ne comprenait rien. La date d’arrivée en Inde doit figurer obligatoirement sur chaque registre des hôtels où l’on séjourne.

A la lumière de midi je me rends compte que l’hôtel n’est certes pas luxueux, mais tout à fait correct et propre. Dans le noir et avec la fatigue, j’avais eu l’impression d’arriver dans un taudis.

Ensuite tout s’est enchaîné. Petite ville sans intérêt particulier, mais typique indienne/Himachal Pradesh, avec des gens vraiment gentils, souriants et accueillants toutes générations confondues.

Mais pas un bureau de change, pas une banque qui fasse le change. Je n’ai que des euros et une poignée de roupies qu’il me reste de l’hiver dernier. L’employé de la banque m’indique un bijoutier qui fait ces transactions.

Le bonhomme a pris une demi-heure avant de se décider à me dire à quel taux il allait me changer, en téléphonant à plusieurs endroits tout en me faisant mijoter avec quelques questions, apparemment anodines (il testait si je n’étais pas un filou ou un voleur) en me faisant siroter un jus d’orange, pour finalement me proposer un taux maximum vraiment intéressant  et sans taxe ! Dans ces cas-là, je n’hésite pas. J’ai changé tous mes euros d’un coup. Une petite fortune en roupies ! J’ai eu droit ensuite à un excellent café et le tour était joué. Lui a fait une bonne affaire et moi aussi.

Tout irait bien sans la galère de ne pas avoir la possibilité de communiquer ni par internet (avec ma clef 3G qui s’est périmée pendant mon court séjour en France), ni par téléphone (carte également périmée). Là où ça devient Kafkaïen, c’est que je ne peux acheter ni carte sim 3G, ni carte sim de téléphone étant incapable de justifier d’une adresse fixe dans l’Etat d’Himachal Pradesh.

Au rayon des bonnes nouvelles, mon ami indien Johny arrive ! Et il arrive avec les bonnes cartes sim prises chez lui au Kérala, à son nom. Son père est très gravement malade. Nous espérons tous deux qu’il ne mourra pas avant septembre ou… pas du tout. Mais il ne me rejoint que le 20 juin. Donc coupé du monde en attendant.

Hier soir en me promenant, je suis tombé en arrêt devant un vieux saddhu authentique, assis sur les marches à l’entée d’un temple. Avec ses cheveux couleur de neige très bien coiffés, il était rayonnant de béatitude et ressemblait à un dieu descendu du ciel. Nos regards ont plongé l’un dans l’autre et j’ai poursuivi mon chemin. Puis, me rappelant que les « vrais » saddhus ne subsistent que grâce aux aumônes et qu’en plus celui-là ne me demandait rien, j’ai rebroussé chemin et lui ai donné quelque argent. A nouveau, nos regards se sont longuement croisés, il m’a délivré un large sourire et m’a béni par imposition des mains.

J’espère donc que je/nous serai/serons protégé(s).

Le lendemain, nouvelle montée d’adrénaline.

Il est vraiment difficile de voyager sereinement dans ce pays sitôt que l’on a besoin de l’intervention des indiens. J’ai réservé une voiture depuis longtemps pour un premier circuit. Une belle petite somme ! Mais ils ne viendront me récupérer (dans un endroit perdu) que lorsqu’ils auront reçu l’argent qu’ils me demandent d’envoyer par virement bancaire de banque à banque (la leur et pas une autre !) sur leur compte. Ce matin je vais à l’agence en question qui refuse mes espèces. Ils ne veulent qu’un chèque. Le plus surprenant c’est qu’en Inde pratiquement personne n’a de chéquier. Tout se paie en espèces ou par carte de crédit.

Alors je flippe +++ car je ne sais pas si le taxi viendra quand même me chercher si je n’envoie pas la somme exigée. Et je le comprends, il est au moins à 150 kilomètres de là !!!

Johny a pu réactiver ma carte sim pour le téléphone sans que nous ayons besoin d’en acheter une autre ni de changer de numéro. Mais pour appeler hors de l’Inde, il faut taper un code – que j’ignore -, pour des raisons de sécurité. Mais absolument personne n’est capable de me dire quel code ni comment l’activer. Même le garçon de l’agence locale de mon fournisseur d’accès. C’est un comble.

La chaleur était devenue infernale : plus de 50°. Finalement un gros orage a bien fait chuter la température.

Ce sont les prémisses de la mousson.

J’espère pouvoir enfin aller me balader dans la montagne demain, en bus local. Depuis que je suis là je ne fais que des démarches administratives. La galère de la banque c’était Ubuesque !!! Heureusement j’ai reçu un message sympathique de l’agence me disant : je vous fais confiance, ne vous inquiétez pas, je vous envoie la voiture à Chamba, vous paierez cash au chauffeur ! Ouf

J’ai découvert un fabuleux restaurant dans un hôtel « chic ». Pas plus cher qu’un autre, un choix abondant, des plats pas possibles. Je m’en gave tant c’est copieux. Il y en a à chaque fois pour deux personnes dans un seul plat !!! Ce soir j’ai mangé une énorme portion de pommes de terre. C’était tout bêtement des frites, mais baignant dans une sauce à la tomate, oignons, épices, piment et…. MIEL !!! Un délice !!! C’est un plat chinois, m’ont-ils affirmé.

Je vais enfin m’endormir sereinement ce soir.

Ce contraste entre l’émerveillement, la gentillesse et les ennuis et complications, les côtés butés, bornés et rigides de l’Inde est quelque chose qu’on ne voit nulle part ailleurs. On peut basculer de la plus grande colère à la plus merveilleuse joie et réciproquement, d’une minute à l’autre ! Leur slogan INCREDIBLE INDIA reflète bien tout ce que l’on peut vivre ici de meilleur ou de pire.

Eux, en revanche restent IMPASSIBLES face à tout ce qui me met hors de moi (nous français) !!!

 

Vous suivrez ma prochaine étape, Rewalsar, dans un prochain article