Nos routes se séparent à Leh

 

 

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Nous sommes partis pour Leh à travers un paysage mi-lunaire, mi-marsien avec un passage obligé du Fotu La  (4000 mètres).

Sublime

Mais nous faisons tous les deux une tête sinistre, silencieux et accablés de tristesse que notre voyage commun s’arrête si tôt.

Johny me confie qu’il aimerait rester, mais que c’est inconcevable à cause de la sacro-sainte famille, et du qu’en-dira-t-on des voisins et du village. Je comprends à ces mots que le décès de son père ne l’émeut pas particulièrement. Je me dis : encore un en souffrance et en manque de père… Mais je me garde de rien dire et de poser des questions. Il me parlera peut-être un jour un peu plus de son enfance et adolescence. Son frère aîné est riche – pour un indien -, a fait des études, possède une belle maison, une voiture, un bel appareil photo Canon (qu’il lui a prêté pour le voyage). Lui n’a pas eu droit à des études après le lycée. Pas assez d’argent pour deux. Actuellement il n’a même pas une moto …

Il me confie avoir dépensé 200 000 roupies de médicaments et d’hôpital pour la maladie de son père. Pas de Sécu en Inde, même au Kérala si en avance par rapport au reste de l’Inde… Le meilleur taux d’alphabétisation de TOUTE L’INDE, le meilleur enseignement de TOUTE L’INDE, grande liberté, autonomie de la femme et respect de sa place dans la Société. Le communisme à la kéralaise me laisse rêveur depuis des années…

Jhony n’en revient pas quand je lui parle de la couverture santé chez nous et de la Sécurité Sociale. Je pense : et ton frère, il paye aussi pour ton père ? Mais je ne dis rien…

Nouveau coup de fil chez lui : son père vomit toujours du sang, il souffre beaucoup, ne parle plus, ne s’alimente plus, ne bouge plus… C’est la fin.

Johny décide de partir sans délai. Il me demande de lui avancer les frais d’avion, dit qu’il me remboursera… Le billet pour rentrer chez lui coûte aussi cher qu’un billet Delhi -> Paris.  Je suis effaré. C’est l’effet Tourisme au Ladakh ! Les tarifs dérisoires des lignes intérieures indiennes a quadruplé en un an. De la pure folie !!! Adieu les tarifs des vols domestiques à bas prix.

Je n’oserai jamais lui demander qu’il me rembourse. Au prix où sont les locations de véhicule au Ladakh, je vais récupérer la somme de ce billet d’avion en me passant de voiture et en élaguant mon projet grandiose de visiter certaines régions écartées et surtout en repartant sur Manali en bus et non en 4 x 4 comme prévu.

C’est le parcours du combattant pour trouver le meilleur horaire/tarif possible. Nous finissons par choisir un vol Leh -> Bangalore -> Mangalore pour le lendemain matin.

C’est la première fois qu’il prend l’avion. Il faut que je lui explique tout : les contrôles de sécurité, le bagage soute, le bagage cabine. Les normes de poids et de sécurité. Non, tu laisses ceci ici, et cela tu le mets dans le sac en soute. Je vérifie ses affaires personnelles dans son sac cabine. Il faut l’accompagner à l’aéroport à 5h du matin. Il est complètement perdu. Il est affolé par le changement d’avion et de compagnie à Bangalore. Il a peur de se perdre. Je lui explique la récupération des bagages, le tapis roulant, les comptoirs d’enregistrement, les contrôles « sécurité » (épouvantables en Inde sur les lignes intérieures), les repas gratuits à bord. C’est moi le français qui dois le rassurer :

– L’aéroport de Bangalore est tout neuf, très moderne, tout est bien indiqué sur des écrans situés partout. Tu verras, tout ira bien…

Il me confie :

– Je ne me réjouis même pas de mon premier vol dans de telles circonstances… Je m’en souviendrai tout le restant de ma vie à cause de toi.

Dans la journée un e-mail très bref envoyé du train le ramenant de Mangalore à la petite ville proche de son village : Je n’ai même pas téléphoné chez moi, je veux juste te rassurer, te dire que tout s’est bien passé, que je suis bien arrivé. Je n’oublierai jamais ce que tu as fait pour moi…

Depuis, plus de nouvelles…

Pourquoi je raconte tout cela ? Parce que ce sont des événements qui font partie de mon voyage, parce que ces difficiles épreuves me font découvrir l’Inde de l’intérieur avec un regard différent de celui de touriste. Je suis confronté à la réalité du quotidien des indiens de la middle class. Je considère que cette middle class est tout de même bien moins lotie que mes copains français simples ouvriers ou modestes salariés. Même une employée de maison vit mieux. Nous avons beaucoup de chance, comme le disait un jour le membre Milou2008 ici sur ce forum à quelqu’un qui encensait l’Inde et vomissait sur la France.

Je reprends peu à peu mes habitudes de voyageur solitaire, mais je suis triste quand même.

Lorsque nous sommes arrivés à Leh, la guesthouse où j’avais réservé pour deux semaines plus tard était complète. Obligés d’en chercher une autre à l’aveuglette. Celles que j’avais sélectionnées sur mes guides étaient toutes full. Nous avons atterri par hasard dans une autre, non répertoriée, très propre, confortable et pas chère. Alors je vais faire une pause à Leh pendant quelques temps pour me reprendre un peu car je suis complètement désorienté par le départ de mon compagnon de route. J’ai affronté bien des désagréments grâce à sa présence. La région est merveilleuse mais c’est un peu l’aventure sitôt qu’on s’éloigne de Leh envahie de touristes.

Jean-Louis Taillefer écrit dans son guide : « Chaque jour passé à Leh est un jour de moins passé au Ladakh ». Et c’est bien cela. Les boutiques des cashmiri qui vous harponnent tous les mètres, les innombrables agences de trekking, les marchés tibétains pas moins gredins que les cashmiri, peut-être davantage, même. Et à part l’hébergement, tout est hors de prix !

Et des touristes, des touristes, des touristes par milliers qui se croient chez eux. Les filles exhibent leurs généreuses poitrines dans des hauts plus qu’échancrés. Les garçons mettent en vitrine leurs pecs et leurs biscoteaux dans des débardeurs moulants au maximum. Des jupes et shorts ras les miches ou ras les boules. Les groupes de vieux en voyages organisés sont pitoyables. Aucun respect pour les autochtones, lesquels, s’ils sont outrés, n’en hésitent pas pour autant à se remplir les poches au maximum en un minimum de temps…

On n’est plus au Ladakh, on n’est même plus en Inde.

Une station de vacances à la mode au bord de la Méditerranée.

A tout prendre je préférais l’authenticité crasseuse du Zanskar.

Oh, Johny que j’aime la crasse désormais !

Ce sont surtout les conditions de déplacements qui sont difficiles et il fait très chaud aussi.

J’attends des jours meilleurs.

Je me console en faisant des photos fabuleuses.

Mais à part ça, Madame la Marquise, Tout va très bien, Tout va très bien !

 

 

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