L’inoubliable monastère de

RIDZONG

 

 

Le diaporama photos se situe tout en bas de la page à la suite du texte

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui nouvelle « expérience ». Nous sommes montés encore assez haut, dans un paysage de bout du monde, à la découverte d’un grand monastère dans lequel j’espérais bien assister à des rituels.
En général le soir et très tôt le matin, souvent vers 5h.
Pour cette raison surtout, parce que si je ne suis pas un parfait bouddhiste accro à mon chapelet, à mon moulin à prière, ni à la récitation des mantras, j’ai besoin à intervalles réguliers de me recueillir tout simplement en moi-même. Quand j’ai la chance d’assister à une puja, dans un temple uniquement fréquenté dans ce but et non par des visiteurs bavards, je peux parvenir à cet état de mi-méditation, mi-recueillement.
Mais aussi parce que le seul hébergement correct – selon mes propres exigences de confort et d’hygiène – dans le village le plus proche, tout en bas des six kilomètres vertigineux, est un hôtel dit « de luxe » à 100 euros la nuit. – On croit rêver devant un prix pareil dans un coin aussi perdu où personne ne vient -. Mais il se trouve toujours des japonais, des américains ou des allemands hyper friqués pour accepter de payer un tel prix, histoire de ne pas coucher « localement ».
Nous français, nous avons la triste réputations d’être de vrais rats, toujours à pinailler sur les prix.
Ben oui, j’en suis. J’ai une retraite très modeste, faut faire avec.

Donc pour ces raisons j’ai décidé de coucher au monastère.

Mon ami Johny est encore et toujours le parfait compagnon de voyage car il ne rechigne jamais à me suivre dans mes choix.
Ce qu’il n’aime pas c’est mes gueulantes dans certains restaurants ou hôtels/guesthouses où l’on nous a pris pour des pigeons. Toutefois, paradoxalement, il m’approuve et m’en félicite à chaque fois :
– Tu as bien fait de protester, parce que si les gens ne disent jamais rien ils continueront à les tromper. Si tout le monde gueulait comme tu le fais, ils changeraient de comportement.
Mais il ajoute très vite :
– Moi, je peux pas le faire. J’ai pas été éduqué comme ça. Vous croyez toujours, vous les occidentaux, qu’on vous prend pour des pigeons. Mais c’est pas seulement vous ! Nous aussi, les indiens, on subit leurs arnaques, autant que vous, mais nous, nous ne réagissons pas. Gueuler comme tu le fais, c’est ce qu’il faudrait que nous fassions nous aussi, but it’s not our culture

J’ai l’air de faire mon malin, comme ça, d’avoir choisi de dormir dans ce monastère – ouais, la prière tôt le matin – mais en vérité nous n’en menions pas large, nous attendant au pire sur les conditions spartiates de l’hébergement. Spartiates, passe encore, mais la crasse, les bestioles…
Alors que nous étions presque parvenus au but, à un des passages les plus étroits, où une bonne partie de la route a disparu dans le ravin qui la longe, débouchent trois gros 4 x 4 remplis d’indiens. Croisement IMPOSSIBLE.
Conduite à gauche oblige.
Le précipice est à notre gauche,
la route effondrée aussi.

Personne ne veut serrer du côté du ravin. Les chauffeurs des 4 x 4 nous font signe d’avancer. C’est vraiment trop dangereux.
Mais eux refusent d’avancer également.
Ça commence à s’énerver dur dans les différents véhicules.
Personne n’a envie de prendre le risque de passer.
Et ces connards de 4 x 4 qui ne veulent pas reculer pour nous laisser avancer, alors que ce serait la meilleure solution.
Courageux – mwouais ? … – mais pas téméraire le Marien.
– Viens Johny, nous on descend !
Démerdez-vous.

Habituellement lors des croisements difficiles, impossibles, ou à risques, les chauffeurs font preuve d’intelligence et de compréhension l’un vis à vis de l’autre, mais là c’est pas le cas. Sous prétexte qu’ils sont quatre véhicules et nous seuls, ils veulent que nous reculions.
Notre chauffeur a beau se serrer contre la paroi de la montagne, le passage est impossible s’ils ne veulent pas reculer.

Enfin, comme de toutes façons notre chauffeur est inflexible disant que c’est à eux, qui descendent, de laisser la priorité au véhicule montant, ils se décident à faire marche arrière et la situation se débloque.

C’était d’autant plus stupide que moins de 100 mètres derrière eux, s’étale le vaste parking du monastère, sur lequel nous débouchons à notre tour.
Nous nous sentons tout petits, de vrais Lilliputiens face à ce gompa qui nous domine, enchâssé dans le roc, juste au dessus de nous.
Du parking, il nous faut continuer à pied pour gagner l’entrée.
Un jeune moine, tel une sœur tourière, nous accueille dans un monastère complètement désert, en nous annonçant qu’en l’absence des moines, il n’y a rien à manger.
Pas grave car le midi nous ne mangeons guère. Mais ce soir ?
A part lui, seuls deux vieux lamas, et une volée de moinillons semblent peupler ces lieux.
D’un geste il nous indique trois « chambres » un peu plus loin. Elles sont ouvertes et libres toutes les trois, nous pouvons choisir celle que nous voulons.
A la fois pareilles et cependant inégales. Chacune ayant un avantage ou un inconvénient
Nous préférons une chambrette minuscule – une cellule devrais-je dire – très propre, juste avec assez de place pour deux lits étroits. Sans draps. Mais j’ai mon grand sac de couchage en soie fait maison.

En plus, il est superbe ! Ça aide à s’endormir.
Johny, en bon indien, se contentera facilement de dormir, tout habillé, à même le tapis de laine (tissé main et très propre) qui fait office de matelas…
Va savoir pourquoi nous avons chacun un oreiller avec une taie très propre qui n’a manifestement jamais servi à personne d’autre.
MAIS…

aucun point d’eau pour se laver ! pas de WC !

Les moines ont tous disparu, alors nous prenons le parti d’explorer les lieux par nous-mêmes.
C’est ainsi que nous découvrons les « sanitaires » à l’autre bout du monastère, carrément à l’opposé de notre chambre, après avoir parcouru tout un dédale de ruelles et d’escaliers.
J’ai déjà expliqué qu’un monastère se présente comme un village construit à flanc de montagne.

En bordure d’un précipice se trouve un long « abreuvoir » avec 3 ou 4 robinets, comme dans les anciens pensionnats ou casernes. Toilettes ladakhi toutes proches, juste en face, – un trou creusé dans la terre au dessus du ravin -.
Mais nous découvrons une pancarte directionnelle annonçant WC « anglais ».
Pour y accéder il faut prendre un étroit sentier bordé à gauche par des arbustes aux épines redoutables – acérées comme des poignards -, et à droite par le ravin à pic.
S’agit pas de glisser ni d’un côté ni de l’autre.
Et il faut accepter de se piquer en se cramponnant minutieusement aux rameaux sans épines.
Si l’on peut !
Non, non, je ne rigole pas. Je n’exagère pas non plus.
J’adore le qualificatif « anglais » car il s’agit de WC à l’indienne ou à la turc si vous préférez. La pièce d’aisance est crasseuse à souhait. Pas de mauvaises odeurs ni de traces de ce que vous savez, mais le trône – en hauteur, comme sur une estrade ! – sur lequel on doit s’accroupir pour se soulager est encore plus crasseux.
Pour parler français, pas de merde, comme dans certaines toilettes – même françaises – d’autoroute ou de villages, mais crasseuses à souhait de toutes ces chaussures qui ont pataugé dans l’eau, car il y a un robinet avec un seau pour nettoyer après usage et… une boite de conserve – propre ! j’ai bien vérifié – pour se laver les fesses.
Eh bien, et c’est là que ça se corse et prend de l’intérêt, c’est juste aujourd’hui que j’ai choisi, pour la première fois depuis mon départ de France, d’avoir la courante !!!
Imaginez le tableau et la course en cas de besoin nocturne !
Johny qui me dit : je t’accompagnerai avec la lampe torche.
Tu parles !
J’ai repéré les abords de notre chambre, je ne vais pas courir dans l’obscurité, simplement éclairé par une lampe de poche jusqu’aux toilettes si périlleuses d’accès.
La petite ruelle d’accès à notre chambre finit sa course vingt mètres plus loin sur un sentier filant dans la montagne
Ce sera plus prudent.

Evidemment, comme un con, hier j’ai accepté le whisky de Tsewang, sans réaliser qu’il avait été allongé d’eau « locale ». Ça ne peut être que ça !
Je n’ai pas réfléchi quand il m’a proposé de l’eau avec le whisky, alors que s’il s’était agi d’eau pure, j’aurais immédiatement eu le reflexe de refuser.
Le whisky était un terrible tord-boyau mais pas assez virulent pour tuer les petites bébêtes de l’eau.
Au moins trois de mes amis de rencontre français ayant séjourné chez Tsewang ont chopé une diarrhée carabinée, dont un avec fièvre et qui a failli se retrouver hospitalisé.
Je n’ai pas tergiversé : immédiatement imodium et flagyl et j’espère enrayer cette surprise très vite et surtout, SURTOUT, ne pas avoir besoin de courir aux toilettes de nuit.
Il me fallait bien une petite aventure en souvenir et rompre la tranquillité du voyage !!!
Autre surprise, et pas des moindres, la majorité des lamas résidants étaient partis pour une fête dans un autre monastère et une bonne partie des temples consacrés à diverses divinités étaient fermés. Nous qui étions venus coucher là pour faire l’expérience d’une journée parmi les moines et assister aux pujas.
Râpé !
Cependant la poignée de moines restant nous ont très sympathiquement accueillis, et finalement ouvert une ou deux portes…

Lors d’une belle promenade, nous nous sommes amusés à précipiter des blocs de pierre dans le ravin.
Juste là où nous avions croisés les trois 4 x 4.
Confirmation : le véhicule qui se serait aventuré à passer tombait immanquablement dans le ravin.
Ça les quatre chauffeurs l’avaient compris tout de suite.

Précipiter des blocs dans le ravin ?
Pas comme des gosses, mais pour expérimenter la règle de Leibniz Ec = 1/2mv²
C’était impressionnant la vitesse et la force acquises par le roc avec l’énergie cinétique. Les gros blocs se précipitaient à une vitesse incroyable et soit parcouraient une distance faramineuse à une allure folle, soit se pulvérisaient sur des blocs plus gros malgré leur propre énormité et leur solidité.
Ça nous a donné une idée de ce qui se passerait si un véhicule tombait.
Quant à un corps, avant d’être disloqué, il serait broyé et écorché vif mis en lambeaux par les pierres du ravin, tranchantes comme des rasoirs.
Mort douce assurée que nous avons envisagée de façon masochiste en nous approchant à l’extrême bord.
Deux gamins téméraires, stupides et inconscients du danger car il aurait suffi d’un faux pas, pour glisser et expérimenter nos supputations.

De retour à notre cellule de moine, nous nous apprêtions à danser devant le buffet, quand le jeune moine qui nous a accueilli a toqué à notre porte s’excusant de ne pouvoir nous offrir pour dîner que deux assiettes contenant chacune une énorme portion d’une sorte de ragoût végétarien qui s’est révélé absolument délicieux et que nous avons dévoré gloutonnement comme des loups affamés.
Ça mange des légumes les loups ?
Après une nuit d’un sommeil paisible et réparateur, sans que j’aie à courir dans la montagne à la lueur d’une lampe de poche, nous avons pris congé de notre moine, non sans nous être régalés d’un copieux petit déjeuner typiquement ladakhi essentiellement à base de thé beurré salé et de tsampa, plus, quand même, quelques uns de ces pains individuels que j’adore, agrémentés de beurre et de – mauvaise – confiture.

 

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