Srinagar

Architecture et Jardins Moghols

 

Perdu dans un dédale de ruelles, j’ai aperçu un superbe mausolée du XVème siècle. Ne se visite que de l’extérieur, dit mon guide, mais vaut le déplacement et situé dans un très beau cimetière. Un grand gaillard aux yeux bleus superbes me tombe dessus.

– Tu veux regarder à l’intérieur ?

– Ben oui, tiens, surtout si c’est une rareté interdite aux visiteurs.

En fait, rien d’exceptionnel, d’une sobriété totale. Aucune décoration, seulement la tombe de la mère du sultan pour qui il avait fait construire cet énorme édifice.

– Tu veux que je te montre quelque chose que personne ne voit ? Quelque chose d’exceptionnel ?

– Ben, oui, tiens. – again –

Et il m’ouvre la grande porte fermée à quadruple tour du cimetière privé de la famille royale de la grande époque du Cachemire.

– La tombe du roi ! Personne jamais ne la voit.

Et je suis sûr qu’il dit vrai car on la cache aux locaux – lieu hyper vénéré  et sacré – et les touristes indiens ne s’aventurent pas dans la vieille ville, ce qui les intéresse c’est un tour en shikara sur le lac, comme en Gondole sur les canaux et la lagune de Venise.

Bon, combien va-t-il me demander celui-là ?

Avec un grand sourire et ses yeux de saphir il me dit :

– Tu peux me donner quelque chose si tu veux, mais ce n’est pas obligé. Si tu ne me donnes rien, ce n’est pas grave. Je t’ai montré tout ça parce que je t’ai regardé faire tes photos et toi tu « méritais » que je te montre ça.

Qu’entendait-il par « mériter » ?

Le clou de la visite de la vieille ville c’est la SOMPTUEUSE mosquée Shah-i-Hamdan (photos) qui ne se visite que de l’extérieur – encore ! -. Les femmes et les non musulmans n’ont pas le droit d’y entrer. Elle est particulièrement sacrée et même gardée par un militaire ou un policier à l’entrée. – J’ai encore toujours un peu de mal à les distinguer. Les policiers ressemblent à des militaires et les militaires à des policiers. – On peut regarder l’intérieur par une fenêtre. Mais on ne voit pas grand chose. Flûte alors !

Bon, « Sésame ouvre toi ! ». Je dois montrer « patte blanche ».

Je relève la manche gauche de ma chemise… Laissant apparaître mon biceps… sur lequel est inscrit un mot magique qui devrait m’ouvrir les portes de la mosquée.

Un large sourire du sbire et des vieux imams qui sont là, et…

– OK tu peux entrer.

– Je peux faire des photos ?

– Oui, bien sûr !

Et toc ! Le mot magique a été efficace.

Et ça valait vraiment le coup d’œil. Une splendeur – on aime ou on n’aime pas – que fit construire, en 1395, le Shah d’Iran arrivant ici, « avec l’Islam dans ses malles » dit encore une fois mon guide. Plusieurs fois incendiée au cours des siècles, l e bâtiment actuel date de 1732.

A ma sortie, le plus vieil imam me demande :

– De quel pays tu viens ?

– France !

– Ah un merveilleux pays ! Un pays vraiment démocratique !

Je deviens franchouillard quand j’entends ça. C’est vrai que ça fait plaisir d’être « reconnu » comme pays de Liberté, de tolérance, de démocratie… En fait, nous ne réfléchissons pas nous français à notre chance. Nous sommes tellement habitués à pouvoir dire et faire sinon TOUT, mais du moins beaucoup de choses, que ça nous paraît tout naturel. Le français est tout le temps en train de râler, de protester, de revendiquer, comme un enfant trop gâté. Allons un peu voir chez les autres comment ça se passe, et nous constaterons notre chance.

Mon hôtel se révèle parfait si ce n’est que je suis leur seul client étranger, – et une attraction ! – Tous les autres sont des indiens, et donc c’est très bruyant dès 5h du matin. Et cela d’autant plus que l’hôtel est modeste donc avec des indiens de la classe moyenne. Pas grossiers ni vulgaires, mais sans gêne et bruyants. Ils se comportent comme s’ils étaient chez eux, parlent fort, souvent d’une chambre à l’autre, claquent les portes, etc… Et surtout ceux-là te marcheraient sur les pieds plutôt que de dire bonjour ou faire un sourire. Si l’on ajoute les mille muezzins de la ville qui font, à 4h 30 du matin, leur long appel à la prière, – et même la prière entière ? Vu le temps que ça dure -, il faut utiliser les boules Quies chaque nuit. Rien n’est totalement parfait en ce monde.

J’aime beaucoup Srinagar et j’apprécie de ne plus subir la mousson. 1800m seulement, mais les soirées sont fraîches après des journées TRÈS chaudes.

J’ai été déçu par les jardins Moghols. C’est beau, certes, mais ce n’est pas un Versailles oriental comme je m’y attendais. Celui prétendu être le plus beau est en chantier : bâtiments et harem en ruines, voire disparus totalement. Tous les bassins et canaux avec fontaines sont à sec, démolis, et en cours de réfection. Seul demeure un parc immense, très fleuri mais de roses trémières, d’hortensias, de bégonias, de rosiers, et de magnolias, que nous trouvons en abondance dans les nôtres. Subsistent des arbres somptueux et gigantesques, plusieurs fois centenaires, de dix mètres de large et quarante de haut… Impressionnant ! Les parties du jardin où coulent encore l’eau des fontaines, jets d’eau, ou canaux, n’est qu’un pâle reflet de l’Alhambra de Grenade, du moins du souvenir très lointain que j’en garde… Et les milliers de touristes – indiens – qui grouillent ici malgré l’espace – complètent mon sentiment de déception. J’ai beau essayer de comprendre et d’admettre certains comportements, les indiens « moyens » ne respectent rien, jettent leur détritus partout, se baignent sans vergogne dans les bassins et se rafraîchissent sous les jets d’eau. Leur seul intérêt est de se photographier les uns les autres.

Johny m’a enfin rejoint, dans un état aussi piteux que le mien lors de ma propre arrivée, après ses trois jours de train non stop, et sa dernière journée en bus, de Jammu à Srinagar qui a été aussi épique et chargée d’aventures que mon trajet de Chamba à Srinagar, sinon plus. Il m’avait écrit qu’il avait rencontré un jeune gars qui voulait l’aider dans son voyage, avec une ENORME insistance, se mêlant à l’avance de vouloir me rencontrer. Il prétendait être notre guide ici, nous amener dans les « meilleures » boutiques, nous trouver des taxis, etc… Il ne le lâchait plus, et comme Johny est INCAPABLE d’être ferme dans ces situations, il ne savait comment s’en débarrasser. Il s’est laissé accompagner par ce garçon jusque que dans ma chambre, d’où je me suis chargé vite fait bien fait de renvoyer l’intrus-pot-de-colle. Je me suis donc rendu compte que pour ce genre d’individu, l’indien en voyage, pour peu qu’il soit gentil et « innocent », est une aussi belle proie que nous les occidentaux. Par moments, la « passivité/acceptation » de mon compagnon de voyage me met hors de moi. Il se fait arnaquer et est incapable de protester et de réagir. On ne peut pas tout accepter, quoi !

Sinon, tout va bien, il fait beau, la région est superbe, et… cui-cui-les-petits-oiseaux-tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil…

Je veux quand même préciser que le calme olympien de Johny est un bienfait pour moi car il tempère mon naturel de bouillant latin. Sa patience et sa gentillesse à mon égard n’ont d’égal que son flegme qui semble très British. J’ajoute qu’il a reçu une excellente éducation. Cependant, il prend toute la place dans le lit pourtant hyper large comme tous les lits indiens où l’on pourrait coucher à quatre ! Il dort en travers. Je me demande où il a pris cette habitude. Seul bémol : il est braqué contre les musulmans et je n’arrive pas à lui faire admettre qu’il y a aussi des musulmans courtois, agréables et tolérants, autant que les hindous ou les catholiques. Lui qui est catholique « syriaque », ne voit que par le Pape. Mwouais… J’ai beaucoup de mal à lui faire accepter que les cashmiris sont adorables et pas si collants qu’ils ont la réputation de l’être. Et cela d’autant plus après son aventure avec ce jeune homme qui voulait l’embringuer dans je ne sais quel business.

Cela dit, les cashimiris m’ont mis hors de moi aujourd’hui. J’ai amené Johny au plus beau jardin moghol sachant qu’il allait être ravi de cette visite. Tout était à sec ! bassins, cascades, jets d’eau. Il y avait des milliers et des milliers de visiteurs la plupart étant des cashmiris de Srinagar. J’ai demandé à un garde pourquoi l’eau ne coulait plus. Il a répondu qu’ils avaient cassé quelque chose. Puis au bout d’un moment l’eau est revenue. Je ne vous raconte pas la pagaille ! Ils étaient partout dans les bassins, les fontaines, sous les jets d’eau et les cascades, tout habillés. Certains même avaient gardé leurs chaussures, l’eau était marron ! La gabegie. Par centaines ils se vautraient dans et sous l’eau. Johny lui-même était écœuré. Il répétait : ce sont des sauvages, ils se comportent comme des sauvages. Les belles pelouses superbement entretenues étaient jonchées de papiers, de gobelets en plastique, d’assiettes en carton, d’emballages de chips, de bonbons, de cacahuètes… Un cyclone. Johny m’expliquait que la plupart des indiens n’ont aucun respect de leur patrimoine et de l’environnement.

– Dans ces lieux touristiques, me dit-il, ce n’est pas ce qu’ils visitent qui les intéresse, c’est seulement d’y être allés, de s’y prendre en photos pour épater leurs amis et voisins à leur retour. Mais un beau palais ancien, une montagne, un paysage superbe, ils n’en ont rien à faire.

Nous partons demain pour la VRAIE montagne : premier col à 3500 mètres, puis redescente à 2600 pour une nuit et ensuite ce sera du 3500/4000 mètres pendant presque 2 mois.

 

 

Cliquez sur une vignette pour visualiser la photo en grand format.