Un salon de thé particulier à Karsha

 

 

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Aujourd’hui visite d’un autre monastère, Karsha.

Ils  se suivent et ne se ressemblent pas. Comme les églises romanes chez moi… Je conçois toutefois qu’on puisse s’en lasser. Celui-ci, tout à flanc de montagne m’a fait faire de façon naturelle mon « épreuve d’effort » sollicitée par mon cardiologue chaque année à mon retour. Le cœur tient bon, c’est la respiration qui est difficile, comme à vélo en France.

Rien de bien nouveau.

Mais arrivés au sommet de la dernière terrasse du dernier bâtiment, nous tombons à la renverse une nouvelle fois. Toute la plaine s’étale à nos yeux à des kilomètres à la ronde découvrant des dizaines de villages éparpillés ça et là.

En toile de fond, la chaîne himalayenne.

Cent soixante moines vivent là, mais nous n’en avons pas vu un seul !!!

Un monastère bouddhiste n’a rien de comparable à un monastère catholique. Les lamas ne vivent pas en communauté. Le monastère se présente comme un village où chacun a, selon sa bonne – ou mauvaise – fortune, une chambre, deux pièces ou trois, chacun cuisinant ses propres repas et menant sa vie propre en dehors des offices communs dans les édifices dédiés.

A Karsha, tout était bouclé !!!

Où donc étaient passés les moines ? Mystère !

Nous avons donc visité l’extérieur seulement, et…absolument seuls puisqu’ils étaient absents. Mais nous avons pu grimper et déambuler dans les escaliers-ruelles désertées.

Superbe !

Toutefois, en redescendant, nous avons aperçu, en contrebas, sur un toit-terrasse, ce que nous avons pris pour une sorte d’école pour moinillons. Niveau CP pour futurs lamas !!!.

De loin, les adultes nous ont fait signe de venir les rejoindre.

Pas facile, car nous nous sommes retrouvé dans un dédale de ruelles et de bâtisses parmi lesquelles il nous fut impossible de deviner quelle porte pouvait bien être l’accès à la terrasse. Et pour cause. La bonne entrée se situait trois maisons plus loin. Ne nous voyant pas arriver, un lama avait envoyé un enfant à notre rencontre et il nous fallut parcourir un long couloir plongé dans l’obscurité pour retourner de l’intérieur au bâtiment initial, en sens inverse du chemin que nous avions parcouru à l’extérieur.

Imaginez que vous deviez entrer au numéro 5 d’une rue afin d’accéder à la terrasse du numéro 1, qui, lui, n’a pas d’entrée propre.

J’ai l’impression d’être aussi confus dans mes explications que le fut l’accès à cette terrasse.

Nous avons croisé dans ce « boyau » des personnages mystérieux – ou qui nous ont semblé l’être – qui, s’ils n’avaient été souriants et accueillants, nous auraient laissé penser que nous avions pénétré dans le repaire secret/magique d’une antique religion, réservé aux seuls initiés. A moins que ce ne soit dans l’antre d’un sorcier. Dans la pénombre nous avons deviné une sorte d’escalier en bois dont chaque marche semblait vouloir céder sous nos pas.

Nous avons bien amusé tous ceux présents ici qui ne cessaient de monter et descendre d’un pas allègre et sûr. J’aurais bien aimé connaître le ladakhi pour comprendre leurs plaisanteries et leur moquerie au sujet de ces deux étranges visiteurs. Car si eux nous paraissaient sortis d’un Moyen-Age de conte asiatique, nous devions, nous, leur sembler des extra-terrestres.

Finalement, notre escalier biscornu, nous conduisit sur une terrasse aussi éblouissante de lumière et de soleil que le chemin parcouru était ténébreux.

Concrétisation symbolique du long chemin de vie semé d’embûches avant d’atteindre l’illumination ?

Instant irréel et magique.

En fait nous n’avons pas réussi à comprendre où nous nous trouvions exactement. Nous n’avons pas été capables de formuler notre demande d’explication et en retour nous n’avons pas compris ce qu’ils tentaient de nous expliquer.

Toujours est-il que nous avons saisi le pourquoi de l’absence des moines au monastère :

ils étaient ici !

Les vieux lamas psalmodiaient tranquillement, les jeunes devisaient entre eux, pendant que leurs « élèves » chahutaient, riaient, parlaient, et se lançaient des boules de nourriture à travers la terrasse, sans que personne n’intervienne pour les faire cesser de jouer avec le contenu de leurs assiettes.

Encore une chose qui m’échappe vu que l’éducation lamaïste est très rigide, assortie même de punitions corporelles sévères.

Il m’est arrivé plusieurs fois d’assister à des séances de prières – ou d’enseignement que j’ai prises pour telles – où étaient rassemblés des dizaines « d’apprentis » lamas entre six et vingt-cinq ans au cours desquelles des enfants chahutaient ou bavardaient, et de voir un moine se lever tranquillement, bien tranquillement, et leur flanquer une de ces paire de gifles retentissante ! Une fois même, deux jeunes moines âgés d’environ une vingtaine d’années ont subi le même traitement en plein temple, au milieu des psalmodies, sans que ne bronchent ni les autres lamas, ni ceux qui avaient reçu la baffe en pleine figure – oui, une sacrée baffe, j’en ai été tout secoué -. Et là, je n’ai vraiment pas compris ce qui s’était passé. J’ai pensé qu’ils ne devaient pas être attentifs ou qu’ils discutaient au lieu de réciter les mantras…

Je me suis senti très mal à l’aise d’avoir assisté à cette scène.

Revenons sur la terrasse.

On nous a offert du thé dans de jolies tasses – propres -. Je l’ai trouvé bizarre : il était rose ! A la première gorgée j’ai compris. Pour la première fois, je goûtais au fameux thé salé et beurré tibétain.

On entend souvent parler de thé « au beurre rance ». C’est en partie inexact. Le thé est salé et beurré au beurre de drimo – la femelle du yack -. Il était autrefois conservé et transporté dans des outres en peau de chèvre. Vu la température à ces altitudes, il devait très bien se conserver, mais rancir à la longue. D’autre part, le contenant devait lui donner une odeur et un goût particulier.

Je suppose – ce n’est qu’une supposition toute personnelle – qu’un visiteur étranger a bu pour la première fois ce thé dont le beurre était rance et a rapporté par la suite en occident cette idée fausse  dans ses carnets de voyage ou quelque roman… D’ailleurs, si vous lisez Alexandra David Néel, vous constaterez qu’elle parle souvent de ce fameux thé beurré et salé mais jamais elle ne mentionne qu’il soit rance. J’en ai parlé aussi aux familles chez lesquelles nous avons séjourné, et bu ce thé, et il n’était pas question de beurre rance, mais de beurre frais.

Bon, le beurre de yack j’aime pas trop. C’est un peu fort.

Cette histoire de beurre rance c’est un peu la même chose que de dire je suis allé en Inde, j’ai vu des vaches «  sacrées ». C’est un pléonasme.

Il n’y a pas des vaches sacrées et des vaches pas sacrées.

Elles le sont toutes.

Puisque la vache est une représentation de Prithvi https://fr.wikipedia.org/wiki/Prithvi la Déesse-Mère, la Mère Universelle.

Même son urine est sacrée.

J’ai vu des gens en boire, et même un jour, à Varanasi, une femme s’est subitement levée de son banc de pierre et s’est précipité sous la vache pour se « doucher » sous une cataracte d’urine. Puis elle est retournée tranquillement s’asseoir avec ses copines à deviser sur le banc de pierre.

Encore une digression, pardonnez moi.

En tous cas, notre thé était excellent. Il a surpris mon palais, à la première gorgée, mais ce n’est pas mauvais du tout ! Cela dit, j’en ai bu à chaque fois que l’on m’en a offert, mais je n’en ai jamais commandé spontanément de mon propre chef dans une dhaba.

Une fois encore nous avons passé un moment exceptionnel parmi les moines.

Mais, curieusement, ceux-là nous ont accueilli chaleureusement, nous proposant thé et petits gâteaux ou sucreries à plusieurs reprises, mais ils nous regardaient en souriant sans parler, en dehors des questions habituelles :

De quel pays venez-vous ? D’où venez-vous ? Où allez vous ?

Je dirais même mieux, ils faisaient leur train sans se soucier de notre présence.

J’ai ressenti cette attitude plus comme une marque d’intégration que d’indifférence.

 

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