Nos aventures dans la vallée de la Nubra

 

Après un jour de repos complet, nous repartons demain très tôt dans des coins exceptionnels où nous espérons ne pas trouver (trop) de touristes, en empruntant la route la plus haute du monde qui culmine à 5359 mètres. Belles peurs en perspectives, surtout que pour grimper si haut ça va tournicoter pas mal… Heureusement nous avons un chauffeur non seulement adorable et très patient mais qui conduit extrêmement bien et prudemment.

Je suis toujours surpris par les capacités de notre corps à s’adapter aux circonstances quand notre motivation en est le moteur.

Me réveiller le matin à 5h est pour moi un effort considérable. Plus qu’une corvée, c’est de l’ordre de l’irréalisable. Je tire une gueule pas possible et vous ne me ferez pas décrocher une parole. Et pourtant quand il s’agit d’attraper un vol à destination de l’Inde, ou de partir pour une belle randonnée, non seulement j’y parviens, mais j’ai même le sourire aux lèvres et la langue déliée.

Ce matin donc, nous voilà partis avant même le lever du soleil, pour le Khardung La, le col de la plus haute route carrossable du monde.

Déjà l’enchantement commence en contemplant la vallée aux premières lueurs du jour au fur et à mesure que nous nous élevons en suivant les étranges sinuosités de la route.
Je ne sais pas à quelle altitude les tibétains situent le Toit Du Monde, mais nous voici déjà dans les nuages.

Evidemment je ne me réjouis pas de la beauté des sommets émergents, c’est bien plus productif de râler :

– Avec tous ces nuages, on ne verra rien, c’est bien ma chance !!! et bla bla bla, et patati, et patata et grr grrr grrr…

Mes rouspétances ne servant strictement à rien pour modifier la météo de ce matin de mois d’août, je préfère m’en remettre à Dieu et ses anges, à Bouddha, à Ganesh, à Tara, ou plus prosaïquement à ma bonne étoile.

Et la suite du voyage me montrera que mes prières ont été entendues.

Nous atteignons le sommet à 8h, sans encombres et sans croiser d’autres véhicules.

Mais comment ont-ils fait pour passer inaperçus ?

ILS SONT TOUS LÀ.

Mais, curieusement, cette fois-ci, les touristes ne me gênent pas.

Au contraire ils génèrent une ambiance bon enfant, une bonne humeur générale, une sorte d’euphorie collective, une griserie bienfaisante, tous unis par le froid, la joie, l’émerveillement du site, l’événement exceptionnel de se trouver au point culminant de la plus haute route du monde, et bien sûr, les effets physiques de l’altitude.

Chacun délaisse son véhicule : énorme 4 x 4 privé débordant d’indiens entassés à douze, mais plus que confortable en ce qui concerne le nôtre avec ses deux seuls clampins qu’il trimballe, bus, taxi collectif-boîte à sardines, quelques courageux mountain bikers, et surtout des motards, des motards, des motards, en-veux-tu-en-voilà, – tous jeunes indiens pas fauchés – pour immortaliser le moment devant le grand panneau.

Nous sacrifions nous aussi au rite de la photo-souvenir pour bien montrer à notre famille et nos amis que nous ne racontons pas des bobards.

Nous sommes bien à une altitude de 5600m …

Selon les fonctionnaires chargés des voies de circulation…

Car le GPS se montre plus modeste avec ses quelques pauvres 5359 m.

Mais qu’il aille se faire voir le GPS.

De quoi il se mêle le GPS ?

On lui a demandé quelque chose au GPS ?

Il est jaloux le GPS ?

Il cherche à dévaloriser notre exploit d’être monté si haut ?

Comme il s’agit d’épater la galerie, nous oublierons le GPS, nous ne dirons rien à personne, et nous ne nous fierons qu’à la flopée des panneaux commémoratifs et indicatifs.

Les photos pour la frime, mais les autres aussi pour la réalité, car je vous assure qu’il ne fait pas chaud ici.

Aussi après un bon thé vert – de toutes façons, ils ne servent que du thé vert. Ici, pas question de chai – et un solide petit déjeuner, nous reprenons la route en direction de la vallée de la Nubra par une route tout aussi serpentine, mais beaucoup moins bonne cette fois-ci.

– Oh Johny, tu as vu ces fleurs, seules, là au milieu de pierres et gravier ?

Va savoir pourquoi, ce sera mon obsession de la journée d’en voir de plus prés.

Pourtant je ne suis pas botaniste.

La descente par ce versant est beaucoup plus belle et nous ne nous lassons pas d’admirer les images qui défilent sous nos yeux ébahis.

Alors que nous ne nous y attendions pas, un moment, un grand moment, un très grand moment, peut-être un des plus grands moments de ma vie.

Nous étions descendus de voiture pour faire quelques photos quand nous avons aperçu un golden eagle – aigle royal en français –

tournoyant dans le ciel. J’ai braqué mon appareil sur lui et c’est alors qu’en quelques secondes il a fondu sur nous.

– sur moi –

Je ne saurais dire laquelle de ma frayeur ou de ma surprise m’a fait lâcher mon appareil car nous nous sommes retrouvés Johny et moi, littéralement en face à face avec ce géant du ciel, à vingt ou trente centimètres, ailes déployées, exhibant une envergure fantastique de plus de deux mètres. Nous étions juste devant notre impressionnant véhicule et avons pu constater que l’aigle était nettement plus large que lui.

Le temps d’un soupir, presque frôlant notre visage de ses plumes et de ses serres, il a amorcé une remontée aussi foudroyante que son plongeon sur nous, dans un sonore souffle de battement d’ailes.

Nous sommes restés médusés, pétrifiés, sans un cri, sans un mot, nous demandant si nous ne venions pas de vivre un rêve.

A peine revenus de notre surprise, nous nous sommes regardés échangeant le même cri : OH !!!

Et presque les mêmes qualificatifs : incroyable, impressionnant, géant.

Quand on les voit perchés sur un support ou volant dans le ciel, on ne peut imaginer une telle taille, un tel gigantisme.

Après avoir conté cette aventure hier à mon ami Praveen, pensant qu’il ne pourrait pas croire que nous avons été attaqués par un aigle, le soir même il m’a envoyé cette vidéo

qui est exactement la vision que nous avons eue de l’aigle fondant sur nous.

 

Notre chauffeur a préféré nous conduire au-delà de Diskit pour visiter un joli monastère peu visité. Si peu que je ne retrouve pas sa trace une fois de plus dans ma doc. Il nous a dit qu’il serait plus intéressant ensuite de revenir dormir à Diskit puis visiter le lendemain son gonpa et également Hunder et ses chameaux

 

De retour à Diskit nous avons préféré loger à l’ Olthang hotel pour un peu plus de confort d’après toujours, les descriptions du guide de Jean Louis. A notre grande surprise, celui-ci était vide de tout occupant. Le « gérant » (?) nous a laissé plusieurs clés en nous disant de choisir la chambre qui nous convenait, puis il a disparu. Ainsi nous avons pu choisir la chambre qui nous a semblé la plus intéressante.

Comme je l’ai déjà dit, mon plaisir n’est pas tant de visiter le plus de gonpas possible pour en admirer les statues, les tangkhas et les fresques anciennes, que de m’immerger dans la solitude, l’ambiance, la paix régnante du monastère, au milieu des moines, en parcourant les ruelles ou méditant un moment dans un sanctuaire obscur et silencieux, ancien de préférence, peut-être pour y puiser quelque chose qui remonterait à loin dans mon inconscient, comme si j’avais besoin de m’y retrouver. Et c’est ce qui a fait dire un jour à un lama ayant eu connaissance de mon cheminement spirituel – très tardif je dois préciser – que je serais probablement une réincarnation d’un passé bouddhiste .

J’aime aussi particulièrement être en communion étroite avec la Nature, me gaver de paysages à couper le souffle, – déjà qu’il l’est par l’altitude, je vais finir par y laisser ma peau ! – et flâner dans les ruelles des villages. Donc, nous sommes sortis pour une longue promenade à travers le village, désert de tout-touriste et nous sommes égayés dans les chemins de la campagne environnante.

J’ai essayé vainement de retrouver ces magnifiques campanules bleu-violet entre-aperçues à plus de 5000 mètres au Khardang La. Mais il semble qu’elles ne poussent que dans un terrain aride au milieu de rochers et pierrailles à une altitude beaucoup plus élevée.

Au retour, nous avions une faim de loup.

Personne au restaurant, personne nulle part d’ailleurs, mais il n’était pas encore 20h…

Nous restons attablés en attendant que quelqu’un vienne, mais personne !

Finalement, nous entrons partout, appelons, tapons des mains et des pieds pour attirer l’attention. Et enfin arrive le jeune homme qui nous avait accueillis à qui nous demandons à dîner.

– Mais c’est que je n’ai rien ! Absolument rien car il n’y a aucun client dans l’hôtel.

Et notre driver qui a disparu, volatilisé comme à son habitude. On ne le reverra pas avant demain.

Devant nos mines déconfites, notre hôte finit par dire : qu’est-ce que vous voudriez manger ? Je vais voir si je peux trouver quelque chose.

– N’importe quoi pourvu qu’on mange. On n’a rien avalé depuis ce matin.

Le voilà parti dans le village, je ne sais où, pour chercher à manger.

Et, ô miracle, il revient au bout d’un moment, les bras chargés de provisions.

Evidemment je ne me suis pas précipité sur mon cahier pour noter notre menu, et à ce jour, j’ai tout oublié, mais ce dont je me souviens c’est qu’au final, on s’est même un peu forcé à finir tant c’était copieux. Je me souviens parfaitement de cet étrange repas, seuls, dans ce jardin désert au milieu de nulle part.

Et de nouveau, au matin, l’homme avait disparu. Il a fallu le chercher partout pour régler la note de la chambre et du dîner improvisé. Tandis que le chauffeur s’impatientait :

– Vous voulez voir les chameaux ?

D’une seule voix :

– Oh que oui !

Toute la zone située entre Diskit et Hunder – où se trouvent les fameux chameaux de Bactriane – forme une longue langue désertique qui longe la Siachen river – qui serpente au pied du Karakoram après avoir pris sa source au Siachen glacier

au bord de laquelle – miracle de l’eau – se forme une opulente oasis où poussent à foison saules et peupliers ainsi que des abricotiers. On y cultive aussi du blé et de l’orge mais aussi toutes sortes de légumes.

Je me suis remémoré un souvenir vieux de quarante ans, à Zagora, ma femme tout juste enceinte de notre seconde fille, où nous avions passé la journée à lire, assis dans la piscine de l’hôtel – car là aussi en journée pas d’électricité. Hôtel 4 étoiles ou pas si pas d’électricité, pas de clim -, en attendant la nuit pour reprendre la route et fuir cette chaleur de braise.

Mais ici les dunes ne sont pas très hautes et le sable est si fin, si blanc qu’il semble former des monticules de farine disséminés tout le long de cette oasis.

Pour la petite histoire – et la grande aussi – : Quand la Chine a envahi le Tibet en 1950, elle a aussi envahi l’ancien Turkestan oriental, coupant la route aux caravanes. Et les magnifiques chameaux de Bactriane, n’ont jamais pu regagner le désert de Gobi.

Abandonnés là, au pied du Karakoram, ils sont devenus « sauvages » et se sont multipliés jusqu’à ce que l’Inde s’aperçoive qu’elle pourrait les vendre aux zoos et les expédier aussi sur les plages de Goa et même du Kérala – oui, oui, j’en ai vus ici – ou… d’ailleurs pour balader les touristes en mal d’originalité.

Mais à Hunder est leur vraie place.

Ceux que nous avons montés sont leurs descendants.

Nous n’avons fait que des photos pour la frime, car le prix demandé m’a semblé beaucoup trop élevé pour seulement faire un court aller-retour dans le sable. Toutefois, une horde d’israéliens soudainement invasive nous a prouvé que les autochtones auraient tort de ne pas faire leur beurre sur le dos des chameaux, euh, pardon, sur le dos des touristes. En l’occurrence, les israéliens ils doivent pourtant bien en voir des chameaux chez eux… à moins que ce ne soient que des dromadaires là-bas…

 

Le monastère de Diskit, quant à lui, ne nous a pas laissé un souvenir impérissable, mais la vue de là-haut, embrassant toute la vallée à 360°, valait à elle seule la visite.

Après quoi nous avons regagné Leh par le Khardung-La traversant des paysages extra-planétaires de toute beauté. Et presque en arrivant au sommet, en allant marquer notre territoire comme des chiens sauvages, nous avons découvert par centaines mes campanules violettes inviolées et inviolables dissimulées aux regards par leur environnement rocailleux. Preuve qu’elles ne poussent pas à une altitude inférieure.

 

 

 

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